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Fassbinder, l’homme qui a mis en lumière les tabous de l’Allemagne

Posté par Marc Larcher le 23 septembre 2021
Et soudain le père parfait frappe sa famille à coups de chandelier

Qui a dit qu’il fallait durer pour marquer durablement le cinéma ? Le cinéaste Rainer Werner Fassbinder est mort en 1982 à l’âge de 37 ans et pourtant, près de quarante ans plus tard, le cinéma allemand ne s’en est toujours pas remis. Pour preuve, CINÉ+ ressort quatre trésors de sa filmographie qui n’ont pas vieilli d’un iota. Dès 1970, avec POURQUOI MONSIEUR B. EST-IL ATTEINT DE FOLIE MEURTRIÈRE ?, un long-métrage filmé avec une caméra amateur, Fassbinder bouscule le sacro-saint ordre allemand. Son héros est un homme bien sous tous rapports, sa vie familiale semble être un modèle, son parcours professionnel exemplaire mais voilà qu’au détour d’une conversation, alors qu’il tente de régler sa télévision défectueuse, il s’interrompt pour tuer à coups de chandelier sa femme, sa voisine et son fils. C'est du Dominik Moll pourrait-on croire aujourd'hui mais gonflé aux amphétamines.

L’underground comme on ne l’a jamais vu ni avant ni après

L’Allemagne alors en pleine période de croissance, tenant à oublier son passé nazi, voit d’un sale œil ce rappel que la violence la plus extrême réside en chacun de nous. Huit ans plus tard, il s’intéresse dans L’ANNÉE DES TREIZE LUNES aux laissés pour compte du pays : Elvira, une femme transgenre, rejetée par tous et sa seule amie Zora-la-Rouge, une prostituée interprétée par l’actrice et chanteuse culte, Ingrid Caven. L’année suivante, il s’attaque avec LA TROISIÈME GÉNÉRATION à un des fléaux de l’époque, le terrorisme politique. Il met en scène un nouveau type d’activistes armés qui selon lui « agit sans réfléchir, n’a ni idéologie ni politique, et, sans le savoir, se laisse manipuler comme des marionnettes ». D’ailleurs, ne sont-ils pas déguisés en clowns lorsqu’ils kidnappent un chef d’entreprise retors ? On retrouve avec bonheur à l’écran des acteurs fétiches de l’époque en la personne d’Eddie Constantine, d’Hanna Schygulla et de Bulle Ogier. Enfin, le cycle se conclue avec LOLA, UNE FEMME ALLEMANDE, une œuvre réalisée deux ans avant sa mort. Avec ce récit, Fassbinder met en scène la confusion qui règne dans l’esprit des habitants d’une petite ville de Bavière. On y découvre l'affrontement entre un urbaniste et les notables, menés par l'entrepreneur Schukert, qui s'enrichissent grâce à la reconstruction de la ville. L’urbaniste tombe amoureux de Marie-Louise (Barbara Sukowa) rencontrée dans un cabaret, sans savoir qu'elle est plus connue sous le nom de Lola, la plus célèbre prostituée de la ville, dont le souteneur n’est autre que Schuckert, son ennemi. En un mot, les gens ne sont pas ce qu’ils clament être dans ce film sur la corruption des cœurs et des âmes. C’est d’abord cela que racontent le cinéma et le théâtre de Rainer Werner Fassbinder : quel pacte passent les Allemands avec leurs contemporains et eux-mêmes pour trouver une place dans la société ? Jusqu’où sont-ils prêts à aller pour la défendre ? Avec quelques décennies d’avance sur les préoccupations actuelles du monde du cinéma, le réalisateur offrait le plus souvent ses meilleurs rôles à des femmes ou aux déshérités. Le Munichois dont le mystère de la mort n’a toujours pas été totalement éclairci avait compris qu’il faut s’intéresser aux vaincus de toutes sortes, car c’est par leur voix que passent les plus beaux récits.

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