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Avec POLICE OFFICER CAMERA, Mary J. Blige affronte les violences policières

Posté par Cinéma Canal le 4 février 2021
Avec son deuxième long-métrage (2020), le réalisateur Malik Vitthal s’aventure sur le terrain horrifique en filmant des meurtres gores à souhait. Mais POLICE OFFICER CAMERA est aussi en prise avec l’actualité brûlante qui traverse la société américaine, et offre à Mary J. Blige le rôle principal qu’elle mérite.
Mélange entre thriller policier et film d’horreur

POLICE OFFICER CAMERA surprend d’entrée de jeu par l’approche de son scénario, qui fait se rencontrer un genre bien ancré dans la réalité (le film policier) avec le cinéma fantastique d’épouvante (évoquant parfois l’œuvre de John Carpenter), en ajoutant en prime une dimension plus que jamais d’actualité : les violences policières à l’égard de la communauté noire aux Etats-Unis, et notamment dans le sud du pays – l’action du film se déroule dans des quartiers pauvres en Louisiane. C'est dans ces décors de maisons sombres et poisseuses que l'intrigue s’ouvre, avec l’assassinat particulièrement gore et mystérieux d’un policier, attaqué par une force inconnue lors d’un contrôle routier.

Sa collègue Renée (Mary J. Blige) enquête sur l’affaire avec un très jeune binôme (joué par Nat Wolff), mais la liste des agents de police tués sauvagement s’allonge, ce qui les met sur la piste de la mort d’un adolescent noir tué mystérieusement plusieurs mois avant. Pour compléter le mystère, Renée est la seule à voir les images des meurtres enregistrées notamment sur les « body cams » (caméras-piétons) des victimes, qui donnent son nom original au film (BODY CAM). Est-ce que cela a un lien avec l’histoire personnelle de Renée, dont le jeune fils est mort noyé dans une piscine ? Une chose est sûre, la policière n’est vraiment pas gâtée pour sa reprise du travail, après une suspension de plusieurs mois causée par une altercation avec quelqu’un qui s’en était pris à elle avec des insultes racistes.

Le cinéma américain à l’épreuve de Black Lives Matter

Dans IMPERIAL DREAMS, son premier film sorti en 2017, Malik Vitthal s’intéressait déjà au sort des afro-américains dans l’Amérique d’aujourd’hui, en abordant notamment le profilage racial de la police dans le quartier de Watts à Los Angeles, connu pour les émeutes raciales qui y ont eu lieu en 1992. Depuis quelques années, le sujet explosif des violences policières imprègne logiquement de plus en plus le cinéma américain, reflétant la place que des mouvements comme Black Lives Matter occupent dans le débat public. Sorti quelques mois avant POLICE OFFICER CAMERA, DIRTY COPS (Deon Taylor, 2020) en est très proche thématiquement, puisque Naomie Harris y incarne une policière qui chercher à faire tomber ses collègues violents, après avoir filmé le meurtre qu’ils ont commis avec sa caméra-piéton. L’an dernier, la réalisatrice Melina Matsoukas a elle rencontré un bel écho avec QUEEN & SLIM, son long-métrage où deux afro-américains se retrouvent en cavale après un contrôle routier qui a dégénéré.

BLINDSPOTTING (Carlos López Estrada, 2018) vaut aussi le coup d’œil, pour son histoire qui met en scène à Oakland un jeune repris de justice témoin du meurtre d’un noir par un policier blanc, ce qui bouleverse son existence. Les violences policières ont aussi été abordées sous un angle historique dans KINGS (Deniz Gamze Ergüven, 2017), qui revient justement sur les émeutes de 1992, après le meurtre de Rodney King par des policiers de Los Angeles. Kathryn Bigelow est quant à elle remontée un peu plus loin dans le temps pour le terrifiant DETROIT (2017), qui se plonge lui dans les émeutes raciales déclenchées en 1967 à Détroit, et plus spécifiquement sur les trois meurtres commis au motel Algiers par des policiers de la ville. Enfin, dans le registre du paranormal, il faut dire que POLICE OFFICER CAMERA évoque aussi beaucoup DÉLIVRE-NOUS DU MAL (Scott Derrickson, 2014), dans lequel un policier new yorkais se débat avec un marine possédé par un démon.

La deuxième carrière brillante de Mary J. Blige

Depuis ses débuts il y a trois décennies déjà, la new yorkaise Mary Jane Blige est l’une des voix les plus respectées du R&B, puisqu’elle a réussi à allier succès critique et succès public, en écoulant des dizaines de millions d’albums. Moins de gens s’en souviennent, mais ses débuts au cinéma ne datent pas d’hier : son premier rôle remonte à 2001 dans PRISON SONG (Darnell Martin). Après avoir enchaîné les seconds rôles pendant plusieurs années, elle se révèle véritablement sur le grand écran dans le drame d’époque MUDBOUND (Dee Rees, 2017), où sa performance est tellement remarquée qu’elle est nommée aux Oscars et aux Golden Globes dans la catégorie meilleur actrice dans un second rôle – sans oublier qu’elle a aussi composé pour le film le très beau morceau MIGHTY RIVER, nommé lui aussi aux deux cérémonies dans la catégorie meilleure chanson originale.

Après ce changement de dimension, on devrait la retrouver cette année dans RESPECT (Liesl Tommy), le biopic sur la vie de la légende Aretha Franklin, où elle interprète elle-même une autre icone féminine de la musique noire : la reine du blues Dinah Washington. Enfin, les fans de séries ne nous pardonneraient pas qu’on oublie le rôle qui a fait connaître Mary J. Blige auprès d’une nouvelle génération. Pendant une saison, elle a en effet formé un duo mémorable avec Cameron Britton dans THE UMBRELLA ACADEMY (Jeremy Slater, 2019), où elle incarne Cha-Cha, une tueuse professionnelle impitoyable et pince-sans-rire. À seulement 50 ans, on peut parier sans aucun risque que POLICE OFFICER CAMERA ne sera pas son dernier rôle, et que sa carrière d’actrice ne fait encore que commencer.

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