CANDYMAN, le tueur qui décime les bobos

Posté par Marc Larcher le 11 avril 2022
En reprenant CANDYMAN, le producteur Jordan Peele transpose le film dans un quartier branché de Chicago où le tueur au crochet sème la panique. Derrière l’horreur, une vision politique grinçante.
Un des grands personnages de l’horreur contemporaine

Aux côtés de Michael Myers, l’homme au masque blanc qui hante la dizaine de films de la franchise HALLOWEEN, de Jason, l’autre colosse portant un masque de hockey sur glace dans les VENDREDI 13, de l’individu qui terrorise les fans de films d’horreur dans la franchise SCREAM, Candyman est le nouveau membre de la dream team de la peur. Contrairement à ses collègues, le tueur au crochet a ceci de particulier qu’il n’apparaît que si on fait appel à lui. C’est toute la subtilité sur laquelle repose cette future franchise depuis l'apparition du premier film en 1992.

Massacre chez les branchés de Chicago

Cette fois-ci, c’est la réalisatrice Nia DaCosta qui se colle à ce reboot de haute volée, supervisé par Jordan Peele, l’homme qui depuis quelques années fait trembler la Terre entière avec GET OUT (2017), US (2019) et les séries LA QUATRIEME DIMENSION (2019) et LOVECRAFT COUNTRY (2020). Comme d’habitude, ce dernier plonge le récit horrifique dans un territoire contemporain parfaitement crédible. Ainsi, nous découvrons Anthony, artiste peintre, et sa compagne Brianna, directrice d'une galerie d'art, qui emménagent dans un appartement luxueux situé dans Cabrini-Green, un quartier de Chicago en pleine gentrification. Avec Peele, il y a toujours une dimension de critique sociale et celle-ci saute aux yeux quand on voit le bobo Anthony se balader dans ce quartier pauvre quasi abandonné pour y prendre des photos et chercher l’inspiration de ses prochains tableaux. C’est d’ailleurs un des habitants moins chanceux que lui qui va lui rappeler qu’en lieu et place de son logement il y avait une usine de bonbons à laquelle est associée la légende urbaine de "Candyman", le tueur armé d’un crochet qui hanterait les lieux. Le spectateur est lui déjà averti puisqu’il découvre dans une séquence spectaculaire une bande d’adolescentes s’adonnant à ce qu’elles prennent pour un simple jeu : se regarder dans un miroir et prononcer son nom cinq fois. Malheureusement pour elles, le sort fonctionne et le tueur apparaît. De son côté, Anthony décide de puiser dans cette légende bien réelle l’inspiration pour sa prochaine série de tableaux. Grave erreur…

La morale de Jordan Peele

Le film est d’autant plus effrayant qu’il est interprété par des acteurs encore méconnus comme l’excellent Yahya Abdul-Mateen II, visible aussi dans le dernier MATRIX et dans AMBULANCE (2022) de Michael Bay, ainsi que Teyonah Parris découverte dans la série MAD MEN. Surtout alors que les films d’épouvante passent leur temps à raconter comment des bourgades perdues ou des banlieues résidentielles américaines sont décimées par des tueurs, cette fois-ci c’est une métropole, son quartier arty – les meurtres dans la galerie huppée sont particulièrement spectaculaires – et ses habitants branchés qui sont frappés. Avec en creux, un traitement de la question raciale qui divise les Etats-Unis, le tueur étant un Noir américain ressuscité après avoir été battu à mort par la police. Enfin, grâce au jeu impeccable de l’acteur principal, Jordan Peele fait passer un autre message : l’ennemi, ce n’est pas l’autre, le mal est au contraire bel et bien en nous comme Anthony qui se transforme en Candyman. Et par extension comme chaque habitant fortuné qui déménage dans un quartier déshérité, tuant petit à petit l’âme de celui-ci. Autrement dit, vous aussi, spectateur branché fan de ses films, vous participez au massacre ! Il fallait oser mais ça fonctionne à plein.

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