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Cannes 2020 : Thierry Frémaux en dit plus sur la sélection

Posté par Aurelien BACOT le 3 juin 2020
A quelques heures de l'annonce en direct et en clair sur CANAL+ de la sélection du Festival de Cannes 2020, le délégué général Thierry Frémaux a levé le voile sur cette édition hors-normes dans une longue lettre dont nous vous avons résumé les principaux points. Et rendez-vous ce Mercredi soir à 18h pour la révélation tant attendue de cette sélection cannoise qui s'annonce exceptionnelle !

En raison de la pandémie mondiale, le Festival de Cannes ne se déroulera pas cette année dans les conditions qui sont d’habitude les siennes, ni aux dates prévues : du 12 au 23 mai 2020.

Pour autant, il n’a jamais été question d’annuler : comme chacun sait, le Festival ne l’a été qu’une fois, en 1939 et une seule autre édition n’est pas allée à terme, en 1968. En 2020, si le Festival International du Film ne pouvait prendre sa forme habituelle, il fallait pour nous qu’il se présente autrement.

Et nous avons bien fait : en choisissant de travailler jusqu’au bout à établir une sélection, nous avons reçu plus de 2000 longs métrages, 2067 exactement.

Cette Sélection, elle est là, et elle est belle. Elle dit que le cinéma, qui a disparu des salles pendant trois mois en 2020, et pour la première fois depuis leur création par Lumière le 28 décembre 1895, est plus vivant que jamais.

Habituellement, le Festival présente près d’une soixantaine de films dans sa Sélection officielle (59 en 2019, 56 en 2018). La sélection présentée en ce 3 juin 2020 est composée de 56 films.

Elle est issue des 2067 longs métrages reçus cette année contre 1845 en 2019, 1916 en 2018 et 1885 en 2017 ou, pour prendre un chiffre plus lointain, de 1665 films en 2010. C’est donc la première fois que le nombre de films soumis à Cannes dépasse 2000 unités – la crise et le ralentissement des processus de post-production n’auront pas donc eu d’impact sur l’envoi des films en sélection.

C’est évidemment du côté des premiers films qu’il faut chercher cette augmentation : 909 ont été soumis à la sélection, chiffre en hausse par rapport aux années antérieures. Parmi eux, 258 ont été réalisés par des femmes (28,4%) et 651 par des hommes (71,6%).

En Sélection officielle 2020, le nombre de premiers longs métrages est de 15 (soit 26,7% du total), contre 10 en 2019 (17%). Jamais autant de cinéastes débutants n’avaient figuré dans la seule Sélection officielle. C’est la preuve de la vitalité créatrice du cinéma, c’est aussi l’engagement que prend le Festival sur l’avenir.

Autre chiffre en augmentation : l’élargissement géographique constant de la provenance des films. En 2020, ils viennent en effet de 147 pays, contre 138 en 2019, soit une augmentation de 6,5%.

Concernant la présence de réalisatrices, le Festival de Cannes s’est engagé avec le collectif 50/50 pour fournir des éléments statistiques sur la présence des réalisatrices.

En voici deux :

-532 réalisatrices ont soumis leur film à la Sélection soit 25,7% du total, contre 575 réalisatrices inscrites en 2019, un chiffre en légère baisse.

-de fait, le nombre de réalisatrices figurant dans la Sélection manifeste une hausse plus significative : elles seront 16 réalisatrices à présenter un film contre 14 en 2019, 11 en 2018, 12 en 2017, 9 en 2016, 6 en 2015 ; en pourcentage : 28,5%, chiffre plus élevé que l’année dernière (23,7%) et, surtout, supérieur au pourcentage de réalisatrices postulant à la Sélection. Il est à noter que le même chiffre monte à 38% pour le seul cinéma français figurant en sélection officielle.

Cette présence des réalisatrices est le fruit d’une évolution observée et annoncée depuis plusieurs années. Elle témoigne, en nombre et en valeur, de l’apport artistique et humain des femmes dans le cinéma contemporain, qu’elles soient réalisatrices ou techniciennes. Elle est aussi moins une affaire de chiffres qu’une perspective réjouissante.

Parce que les projections ne se feront pas sur la Croisette selon les programmations et les traditions du Festival formant le caractère événementiel de Cannes, nous avons regroupé les titres présentés en une seule liste sans les inscrire dans les catégories habituelles : Compétition, Un Certain regard, Hors compétition, Séances de minuit, séances spéciales. On laissera donc la critique et l’opinion, quand tous les films auront été vus, se forger le soin de définir la programmation idéale de Cannes 2020.

La Sélection s’est également faite avec les cinéastes, les producteurs et les distributeurs qui ont décidé de braver l’incertitude des temps en s’engageant à sortir leurs films d’ici l’hiver 2021. Cette Sélection 2020 reflète donc notre volonté de porter notre attention sur des films qui vont à la rencontre du public. En deux mots, au critère habituel, aussi indéfini qu’évident (et parfois pas !), de : "Est-ce un film pour Cannes ?", on aura ajouté parfois celui de : "N’est-ce pas un film parfait pour le retour en salles ?".

Une sélection élargie, donc, en particulier du côté des films français. Car le cru 2020, s’il fait la part belle aux pays habituellement bien représentés sur la Croisette (USA, Corée, Japon, Angleterre) et s’il accueille des territoires rares ou en introduit de nouveaux (Bulgarie, Géorgie, Congo), se distingue par une forte sélection française. Chaque année, Cannes présente entre dix et quinze films français. Nous sommes cette année allés jusqu’à 21, soit 5 de plus qu’en 2017, 11 de plus qu’en 2018 et 8 de plus qu’en 2019. Il faut enfin noter que parmi ces 21 films français, où s’illustre une nouvelle génération de comédiens, 8 sont réalisés par des femmes, soit 38% du total et 9 sont des premiers films (42%), deux chiffres ainsi posés sur la table du futur.

L’année 2021 sera importante à bien des égards. De nombreux autres festivals à travers le monde ont émis le désir d’accueillir les films de la sélection cannoise. Le Festival de Cannes dévoilera prochainement la façon dont il déploiera son activité à l’automne prochain. Traditionnellement, les films de la Sélection Officielle sont invités par les festivals qui lui succèdent comme Locarno, Telluride, Toronto, Deauville, San Sebastian, Pusan, Angoulême (pour le cinéma français), Morelia, New York, Lyon, Rome, Rio, Tokyo, Mumbaï ou Mar del Plata et même Sundance en janvier prochain – ils le seront à nouveau, avec le soutien réaffirmé et actif de Cannes et de ses équipes. Comme l’année dernière, le Festival présentera un ou deux films en commun avec l’ACID (Association du Cinéma Indépendant pour sa Diffusion), une des sections parallèles du Festival qui proposera également une sélection, comme la Semaine de la critique. Nous nous sommes entendus avec Jose-Luis Rebordinos, le directeur du festival de San Sebastian, pour que les films inclus en Sélection officielle 2020 puissent également concourir en compétition, ce que les règles habituellement empêchent. À situation exceptionnelle, réponse exceptionnelle.

Comme annoncé, le Marché du Film s’est dirigé cette année vers une édition en ligne, organisée par son directeur Jérôme Paillard.

Les sélections de la compétition des courts métrages et des films de la Cinéfondation seront dévoilées dans les jours qui viennent, comme la composition du programme de Cannes Classics au sommet duquel on retrouvera In the Mood for Love, le chef-d’œuvre de Wong Kar-wai, annoncé en février dernier et qui sortira en décembre prochain.

Enfin, c’est une tradition importante même si elle est empreinte de tristesse, j’aimerais saluer la mémoire de ceux qui, toutes ces années, ont honoré Cannes de leur présence, de leur soutien et de leur affection : les journalistes Claude Carrez et Peter Van Bueren, notre cher collègue José Maria Riba, ainsi que Jean Douchet, Philippe Nahon, Christophe, Guy Bedos, Tonie Marshall (membre du jury Un Certain Regard en 2012), Jean-Loup Dabadie (membre du jury en 1974), Kirk Douglas (Président du Jury en 1980) et Michel Piccoli, si souvent présent à Cannes comme acteur et comme réalisateur, prix d’interprétation en 1980 et membre du jury en 2007 et qui fit sa dernière apparition en compétition avec le film de Nanni Moretti Habemus Papam en 2011, avant de confier ses souvenirs à notre ancien président Gilles Jacob dans J’ai vécu dans mes rêves.

Une dernière chose : l’année 2020 est celle du centenaire de Federico Fellini. Pendant douze jours, nous aurions tous ensemble repris ces trois mots du Maestro que Quentin Tarantino ne manque jamais de répéter de façon tonitruante et qui, plus que jamais, coulent dans nos veines de cinéphiles :

Viva il cinema !

On se voit dans les salles.

Thierry Frémaux

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