Capharnaüm, de Beyrouth au triomphe de Cannes et Hollywood

Posté par Rosario Ligammari le 4 Octobre 2019
En montrant les bas-fond de la capitale libanaise à travers le parcours d'un enfant, Capharnaüm a beaucoup ému. Après Caramel en 2007 et Et maintenant on va où ? en 2011, Nadine Labaki a réalisé un film qui, en plus d'avoir eu le Prix du jury à Cannes et beaucoup de succès un peu partout, a été d'une grande utilité, notamment pour ses acteurs.
Road-trip d'un enfant au milieu de la misère

Capharnaüm est un long-métrage au plus près du réel, filmé à hauteur d'enfant. Vu à travers les yeux du petit Zain (qui a gardé son vrai prénom puisqu'il s'appelle Zain Al-Rafeea), la misère n'en est pas moins pénible, peut-être seulement un brin atténuée non pas par son regard mais par sa seule présence. Il s'agit de la balade d'un petit garçon, mais il n'est pas question ici de promenade existentielle mais d'un parcours chaotique au milieu des bas-fonds à Beyrouth. En plus de cela, Zain embarque avec lui Yonas (Boluwatife Treasure Bankole), un bébé rencontré dans un bidonville dont il va s'occuper, en plus de devoir assurer sa propre survie. Le film aurait pu s'intituler Itinéraire d'un enfant pas gâté.

Un film d'une authenticité incontestable

Capharnaüm est un film sans star et, vu le degré d'authenticité porté par sa caméra naturaliste à l'épaule, il pourrait brouiller les pistes entre le documentaire et la fiction. Cela serait sans prendre en compte le talent de mise en scène de Nadine Labaki – certains ont comparé Capharnaüm aux 400 coups de François Truffaut (1959). La réalisatrice filme les bidonvilles de Beyrouth de façon frontale, de la même manière qu'on voyait ceux de Johannesburg dans Mon nom est Tsotsi (Gavin Hood, 2006) ou ceux de Mumbai dans Slumdog Millionaire (Danny Boyle, 2009). La vie de Zain dans le film est proche de la sienne en tant que réfugié syrien arrivé au Liban à sept ans. Yordanos Shifera, qui joue Rahis (la maman du bébé) est une immigrée sans papiers. Même le juge dans le film exerce réellement ce métier dans le civil. L'une des rares exceptions reste la réalisatrice elle-même qui joue l'avocate du petit Zain.

Nadine Labaki a recruté ses acteurs lors de castings sauvages et leur a demandé à d'être eux-mêmes : dans ce contexte, on ne joue plus, au sens où il est impossible de tricher. Pour la réalisatrice, il a fallu pas moins de trois ans d'immersion dans des quartiers défavorisés, des centres de détention et des prisons pour mineurs pour un tournage qui a duré six mois et qui a accumulé – c'est énorme – cinq-cent-vingt heures de rushes.

Succès à Cannes et planétaire

Comme Zain, Capharnaüm a fait beaucoup de chemin – mais un parcours cette fois-ci jonché de succès. Suite à sa projection à Cannes, le film a beaucoup ému Cate Blanchett, alors Présidente du jury, et a explosé « l'applaudimètre ». Gary Oldman et Léa Seydoux ont remis le Prix du jury à Nadine Labaki, qui est venue le récupérer accompagné du petit Zain.

Sélectionné aux Oscars et aux César dans la catégorie Meilleur film étranger, le long-métrage a aussi obtenu un succès populaire au Liban. Sur les questions de l'enfance maltraité, il a encouragé la mobilisation d”ONG et d’anonymes. Parmi ses autres victoires, il a aidé trois jeunes réfugiés syriens à sortir de la rue ; deux filles du film ont été scolarisées et l'acteur principal vit désormais en Norvège, loin des camps de réfugiés de Beyrouth.

On peut donc l'affirmer sans tergiverser : en plus de ses qualités cinématographiques, Capharnaüm a été un film utile.

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