CRUELLA, le meilleur Disney en prises de vues réelles ?

Posté par Alexis Lebrun le 29 avril 2022
Premier blockbuster sorti en France après la réouverture des salles de cinéma en 2021, le film de Craig Gillespie a été l’une des bonnes surprises de l’année du côté des grosses productions hollywoodiennes. Porté par une énergie folle, un casting irrésistible, une bande-son enfiévrée et une direction artistique de très haut niveau, CRUELLA est un long-métrage flamboyant et presque punk, qui fait souffler un vent de fraîcheur sur les films en live action de Disney.
D’Estella à Cruella

Ce qui fait d’abord l’intérêt du long-métrage de Craig Gillespie, c’est qu’il ne s’agit pas d’un énième remake à proprement parler. Là où MALÉFIQUE (Robert Stromberg, 2014) était par exemple à mi-chemin entre le spin-off et le remake, CRUELLA est un préquel, et plus précisément une « origin story » sur celle qui est sans doute la meilleure méchante de l’histoire de Disney, Cruella d’Enfer, popularisée par le film d’animation LES 101 DALMATIENS (1961). Et comme le scénario de CRUELLA imagine que la transformation décisive du personnage s’opère dans le Londres de la fin des années 1970, en pleine explosion du mouvement punk, et plus particulièrement dans le milieu de du stylisme cher à Vivienne Westwood, disons qu’il y avait de quoi être intrigué. Avant d’opter pour son surnom, Cruella d’Enfer (Emma Stone) s’appelait donc Estella Miller, et son enfance à la Dickens a bien sûr été marquée par un traumatisme qui a fait d’elle une orpheline. Flanquée de deux escrocs de bas étage – joués par Joel Fry et Paul Walter Hauser, acteur principal génial dans LE CAS RICHARD JEWELL (Clint Eastwood, 2020) –, elle vivote en enchaînant avec succès les arnaques dans les artères crasseuses de Londres.

Mais Estella rêve d’un autre destin : avec son talent inné pour la mode, elle ambitionne de se faire une place dans ce petit milieu. Alors elle se fait embaucher comme femme de ménage dans le fameux magasin Liberty, où elle est repérée par l’abominable baronne von Hellman (Emma Thompson), une star de la mode aussi snobinarde que terrorisante pour ses subalternes. Mais il n’y a pas assez de place dans ce milieu pour ces deux femmes surdouées aux egos surdimensionnés, et cette rencontre se transforme rapidement en affrontement sans pitié sur fond de vengeance. Cette lutte à mort passe notamment par un véritable déluge orgiaque de tenues toutes plus dingues les unes que les autres. On en dénombre pas moins de 277 – dont 47 rien que pour Emma Stone –, toutes conçues pour le film par la grande costumière britannique Jenny Beavan, déjà oscarisée pour CHAMBRE AVEC VUE (James Ivory, 1986) et surtout MAD MAX: FURY ROAD (George Miller, 2015), et qui a donc récolté une troisième statuette méritée pour CRUELLA.

Une suite déjà en préparation

Le film avait aussi été nommé pour les meilleurs maquillages et coiffures – catégorie remportée par DANS LES YEUX DE TAMMY FAYE (Michael Showalter, 2021) – et pour cause : l’ensemble de la direction artistique du long-métrage se démarque par son inventivité et sa cohérence, ce qui fait presque oublier la disparition de la fourrure et de l’inévitable fume-cigarette de Cruella. Et disons-le, on ressent également un certain plaisir à voir un film Disney en live action aussi ancré dans la réalité, après le recours très important aux effets numériques pour beaucoup de remakes de classiques de la firme de Mickey. Pour toutes ces raisons, CRUELLA évoque furieusement le blockbuster qui a tant fait parler de lui en 2019, le JOKER de Todd Phillips, dans lequel on découvrait les origines de l’ennemi juré de Batman dans un Gotham d’une noirceur « réaliste » au début des années 1980. Les deux films partagent aussi les mêmes influences scorsesiennes. Et puisque l'on parle de Marty, CRUELLA pousse le curseur très loin du côté de sa bande-originale, sélection gargantuesque de grands tubes de l’âge du rock et de la pop de l’époque du long-métrage, qui contribuent grandement à son rythme ébouriffant – sans parler de la musique originale composée par Nicholas Britell, l’auteur du générique entêtant de la série SUCCESSION (OCS).

Après la belle réussite du biopic MOI, TONYA (2017) avec Margot Robbie, le réalisateur australien Craig Gillespie s’est manifestement amusé à mettre en scène ce duel au sommet entre deux grandes actrices nommées Emma, qui semblent prendre aussi beaucoup de plaisir à incarner deux méchantes avec un état d’esprit ouvertement punk. Ce face-à-face jouissif dans le monde de la mode rappelle d’ailleurs évidemment celui du film de David Frankel, LE DIABLE S’HABILLE EN PRADA (2006) : non seulement l’histoire a été coécrite par la même scénariste (Aline Brosh McKenna), mais la prestation volontairement outrancière d’Emma Thompson évoque bien sûr également Miranda Priestly, le personnage joué par Meryl Streep. La performance magnifiquement ambigüe d’Emma Stone n’a en revanche pas grand-chose à voir avec la folie jouée de façon mémorable par Glenn Close dans les deux premières adaptations en live action des aventures de Cruella, LES 101 DALMATIENS (Stephen Harek, 1996) et les 102 DALMATIENS (Kevin Lima, 2001), et on ne peut que saluer la subtilité avec laquelle Stone se réapproprie aujourd’hui le personnage pour nous embarquer dans cette tornade punk. Si CRUELLA a été un succès et aura droit à une suite, c’est d’abord grâce à elle. Et la bonne nouvelle, c’est que l'actrice oscarisée pour LA LA LAND (Damien Chazelle, 2016) reprendra le rôle pour ce nouvel épisode, qui devrait être réalisé aussi par Craig Gillespie. D’enfer !

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