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CYCLE KEN LOACH : Une masterclass sur la lutte de classes

Posté par Marc Larcher le 31 août 2021
À gauche toute !

Vous ne ferez plus jamais de livraison en ligne ou vous ne vous râlerez plus jamais contre le retard d’un livreur... L’impact des films de Ken Loach est tel qu’on en sort transformé et c’est sans doute encore plus vrai avec SORRY WE MISSED YOU, son brûlot de 2019 contre l’uberisation du travail. Avec ce film, le réalisateur nous plonge dans l’univers de Ricky, un père de famille devenu chauffeur-livreur pour une plateforme de vente en ligne. Premier coup de massue : l'achat du véhicule et tous les frais sont à sa charge, deuxième : les rendements intenables et enfin, de multiples pénalités financières lui tombent dessus. Son épouse Abby, auxiliaire de vie, travaille elle à n’en plus finir. Et pendant ce temps, leurs enfants sont livrés à eux-mêmes...  Bienvenue dans le réel le plus trash, l’envers du décor de la mondialisation. Après près de 50 ans de carrière - son premier film,  PAS DE LARMES POUR JOY date de 1967 ! -, Ken Loach ne s’embarrasse pas de précautions, il tape direct à l’estomac.

Avec les gueules cassées de la mondialisation

Casting d’acteurs méconnus ou non-professionnels, scènes-choc, caméra au poing, immersion dans les coins reculés du Royaume-Uni, la méthode Loach lui permet de faire de la sociologie autant que de saisir le spectateur aux tripes. Dans MY NAME IS JOE (1998) on suit les pérégrinations à Glasgow d’un peintre en bâtiment endetté, entraîneur de foot d’une équipe de bras cassés qui tombe amoureux d’une assistante sociale. Difficile de ne pas verser une larme quand Peter Mulan fait sa déclaration à Sarah. RAINING STONES (1993) file du côté de Manchester où Bob enchaîne les petits boulots dans l’espoir d’acheter une robe de communion pour sa fille tandis que JUST A KISS (2004) montre Roisin, une jeune femme coincée entre son entourage catholique et son nouvel amant de confession musulmane. Encore une fois, il s’agit d’un combat pour la dignité d’un individu ordinaire. Comme dans le très rare FATHERLAND (1986) sur le destin d’un musicien, long-métrage tourné en Allemagne. Une seule fois, le réalisateur va sortir de sa zone de confort et transporter son récit dans la grande Histoire. En 1994, LAND AND FREEDOM nous plonge ainsi en pleine guerre d’Espagne quand les Républicains, des soldats du POUM aux Brigades internationales, affrontaient les franquistes en 1936. C’est le récit d’une cuisante défaite, celle du héros David et celle d’un pays épris de liberté. Dans ce monde, les perdants sont magnifiques et font d’impeccables héros de fiction.

Triomphes successifs à Cannes

C’est pourquoi le festival de Cannes a fait de Ken Loach son chouchou. Treize films sélectionnés et sept distinctions dont deux Palmes d’or, personne n’a jamais fait mieux. Malgré les honneurs, le réalisateur n’a pas perdu son libre-arbitre ni son franc-parler et  vient d’être exclu du parti travailliste britannique. Ses coups d’éclat sont nombreux : on se souvient qu’à la mort de Margaret Thatcher, il avait demandé la privatisation de ses obsèques, pour poursuivre la logique de sa politique libérale antisociale, et qu’il avait décidé dès 2010 de publier certains de ses films sur Youtube afin de les rendre accessibles au grand public. Au passage, il a convenu avoir lui-même « déconné » dans les années 90 : il avait réalisé une publicité pour le grand méchant McDonald’s, ce qui lui a fait dire : « ça pèse toujours très lourd sur ma conscience ». C’est pardonné Ken, après tout ce que tu as fait pour l’Angleterre et les classes populaires, on ne t’en veut pas.

 

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