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En pleine forme, le cinéma sud-américain est à l’honneur sur CANAL+

Posté par Alexis Lebrun le 23 février 2021
Les cinéphiles le savent bien : l’Amérique du Sud est un continent incontournable du cinéma contemporain, et on y découvre sans cesse de nouveaux talents. C’était encore le cas l’année dernière, où plusieurs films ont été remarqués dans des festivals prestigieux, mais n’ont pas eu l’exposition méritée dans les salles de cinéma en raison de la crise sanitaire. Heureusement, CANAL+ a prévu une session de rattrapage.
Deux beaux films sur la parentalité

Difficile de ne pas commencer par parler de CANCION SIN NOMBRE (2020), le premier long-métrage émouvant de la réalisatrice péruvienne Melina León, projeté à la Quinzaine des Réalisateurs à Cannes en 2019. On y suit le drame d’une femme enceinte pauvre pendant la crise politique des années 1980 au Pérou. Georgina se rend dans une clinique qui se vante d’être gratuite, mais après l’accouchement, son enfant disparaît, et elle décide de mener l’enquête avec l’aide d’un journaliste, pour tenter de le retrouver. Une histoire tragique inspirée malheureusement de la réalité, puisque la réalisatrice en a fait la connaissance via son père journaliste, auteur d’un scoop sur un scandale de trafic d’enfants au début des années 1980 au Pérou. Travaillé dans un très beau noir et blanc par le directeur de la photographie Inti Briones, CANCION SIN NOMBRE a aussi été filmé dans un format inhabituel aujourd’hui, le 4/3 d’autrefois. Ce double parti-pris esthétique rappelle bien sûr un autre drame récent acclamé par la critique, le IDA de Paweł Pawlikowski (2013). Symboliquement, le choix du 4/3 n’est évidemment pas anodin : il fallait que CANCION SIN NOMBRE fasse ressentir l’oppression que subissent les personnages dans cette période très sombre de l'histoire du Pérou.

Beaucoup moins grave, mais très attachant, LES MEILLEURES INTENTIONS (2020) est un autre premier film qui vaut le coup d’œil. La réalisatrice argentine Ana García Blaya a choisi de filmer ses personnages dans un autre contexte difficile, le Buenos Aires du début des années 1990. On y découvre deux parents divorcés qui se partagent la garde de trois enfants, mais l’héroïne du film est incontestablement l’aînée adolescente, Amanda, qui incarne une situation vécue par la réalisatrice dans son enfance. Très proche de son père, Amanda est celle qui prend soin de lui, car ce disquaire bohème et immature enchaîne les cigarettes et les joints comme les conquêtes, même quand il a la garde de ses enfants. À l’inverse, la mère incarne un modèle traditionnel strict et ennuyeux, et lorsqu’elle annonce son déménagement pour le Paraguay avec les enfants, le drame de la séparation et de l’éloignement semble inévitable, à moins que la forte tête Amanda ne réussisse à faire entendre sa voix. Une chronique familiale touchante, et relevée d’une musique punk qui reste dans la tête.

Deux visions du déclassement social

La crise économique argentine du début des années 1990 a inspiré un autre film récent habilement décalé, HEROIC LOSERS (Sebastián Borensztein, 2020). Cette version argentine du OCEAN’S ELEVEN de Steven Soderbergh (2001) ne manque pas de charme, grâce à ses personnages d’un petit village qui perdent toutes leurs économies dans la tristement célèbre crise du corralito. Pour récupérer leurs 300 000 dollars qui devaient servir à racheter une coopérative agricole où tous les habitants du coin auraient pu trouver du travail, les « HEROIC LOSERS » se lancent dans une entreprise périlleuse : ils s’improvisent experts en casse de coffre-fort inviolable. Bien aidé par la présence au casting du grand Ricardo Darín, ainsi que ses personnages adorables qui représentent l’inverse du glamour artificiel d’OCEAN’S ELEVEN, HEROIC LOSERS propose une relecture originale du film de casse, tout en rendant hommage aux « perdants » de cette crise économique aux conséquences dramatiques.

En 1982, une grave crise bancaire a aussi touché le Mexique, et ce sont ses répercussions qui sont explorées dans LA BONNE RÉPUTATION (Alejandra Marquez Abella, 2019), mais au sein de la haute bourgeoisie cette fois. Pour son deuxième film, la réalisatrice mexicaine s’intéresse au destin de Sofia (Ilse Salas), une épouse oisive qui passe ses journées à jouer au tennis et à boire des cocktails avec ses amies, au milieu des grosses cylindrées et des fêtes réservées à la haute société. Mais quand la crise frappe la rente de la boîte de son héritier de mari, la descente des échelons de la société commence, et sa chute est vertigineuse. LA BONNE RÉPUTATION est une satire sociale mordante, où l’on ressent bien la place écrasante que les apparences occupent pour cette partie de la société. Car même ruinée, Sofia tente à tout prix de faire bonne figure et de cacher sa déchéance à ses amies. Et rien ne serait pire pour elle que d’être reléguée socialement pendant que d’autres prennent du galon… Mais on prend un plaisir sadique face à ce jeu de massacre, où Alejandra Marquez Abella fait preuve d’un vrai sens de la mise en scène.

De nouveaux regards sur l’homosexualité

On revient en Argentine pour évoquer l’un des films LGBTQ+ qui a marqué l’année 2020 : LE COLOCATAIRE, nouveau long-métrage du réalisateur queer Marco Berger. Le cinéaste argentin y met en scène un huis-clos entre deux hommes qui deviennent colocataires, et entre qui se développe une attirance de plus en plus forte. Le premier (Juan) est brun et a l’habitude d’accumuler les copines, tandis que le deuxième (Gabriel) est un veuf blond, père d’une petite fille. Ces deux jeunes hommes considérés comme des hétéros par la société argentine vont-ils assumer au grand jour leur relation naissante ? C’est l’une des questions du film, qui explore longuement la question de l’identité de ses personnages, dans un monde où le patriarcat reste la norme écrasante. Un sacré film d’amour, qui ne lésine pas sur la sensualité.

Après l’amour entre hommes, place à l’amour entre femmes avec RARA (2017), premier long-métrage de la réalisatrice chilienne Pepa San Martín, elle aussi lesbienne déclarée. Cet excellent film primé à la Berlinale et au Festival de Saint-Sébastien traite avec intelligence et délicatesse le sujet de l’homoparentalité. RARA suit en effet le point de vue de deux petites filles qui vivent avec leur mère, divorcée et en couple avec une femme. Une situation vue d’un très mauvais œil par leur père – lui a préféré se remarier avec une jeunette –, qui tente de récupérer la garde exclusive des enfants. Le scénario est inspiré d’une histoire vraie très triste (qu’on ne détaillera pas pour éviter de spoiler), et qui permet à la réalisatrice de s’attaquer à l’homophobie qui gangrène encore malheureusement le Chili. Un récit familial touchant sur l’acceptation de soi et des autres, et le poids détestable du regard réprobateur de ceux qui sont allergiques à la différence.

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