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FOURMI, un film qui prouve que ce n'est pas la taille qui compte

Posté par Alexis Lebrun le 14 décembre 2020
On l’apprend à tous les enfants : ce n’est pas bien de mentir. C’est ce que le petit prodige du foot de cette comédie sociale touchante apprend à ses dépens, en voulant sauver son père à la dérive. Mais FOURMI interroge aussi ce que cela signifie de grandir pour les enfants comme pour les parents, dans une société en crise où le rêve apparaît comme la seule solution pour s’en sortir.
Tu seras une star, mon fils

Dans une ville du nord de la France durement touchée par les délocalisations, un jeune joueur de foot illumine les matchs du club local par son talent, malgré sa petite taille qui lui vaut le surnom de « fourmi ». Ce garçon qui s’appelle en réalité Théo fait la fierté de son père, mais ce dernier (Laurent) est au fond du trou depuis son divorce et son licenciement économique. Beaucoup trop porté sur la bouteille et la baston, ses encouragements lors des matchs se transforment souvent en humiliation pour son fiston. Mais le talent de Théo attise les convoitises : un recruteur du club anglais d’Arsenal vient le voir jouer et envisage de l’intégrer au centre de formation du club, avant de le recaler en raison de sa petite taille.

Pour redonner de l’espoir à son père et ne pas le décevoir, Théo décide alors de lui faire croire qu’il a bien été choisi, ce qui l’entraîne dans une succession de mensonges de plus en plus énormes. L’essentiel est ailleurs : cette perspective incite le père de Théo à se reprendre progressivement en main pour accompagner son fils à Londres. Cette intrigue qui sert de point de départ à FOURMI est en fait une adaptation d’un roman graphique espagnol : DREAM TEAM (Mario Torrecillas et Arthur Laperla, 2016), transposé en France dans le scénario adapté par Julien Rappeneau, qui réalise aussi le film.

La confirmation pour Maleaume Paquin

On l’avait découvert aux côtés de Daniel Auteuil dans RÉMI SANS FAMILLE (Antoine Blossier, 2018), où il incarnait avec talent un orphelin parcourant la France avec un vieux musicien ambulant. Le jeune acteur français Maleaume Paquin récidive en partageant l’affiche de FOURMI avec un François Damiens inspiré dans la peau du père, et désormais incontournable dans les rôles dramatiques depuis SUZANNE (Katell Quillévéré, 2013), LA FAMILLE BÉLIER (Éric Lartigau, 2014) et LES COWBOYS (Thomas Bidegain, 2015). FOURMI soigne aussi les seconds rôles, puisque le vieil entraîneur de l’équipe de Théo est joué par André Dussollier, qui s’amuse avec les grandes citations sur le ballon rond.

Et les actrices ne sont pas en reste, puisque l’on a le plaisir de retrouver Lætitia Dosch dans le rôle de l’assistante sociale débordée mais drôle et humaine, qui a la lourde tâche de faire remonter la pente au père de Théo. Quant à la maman divorcée de ce dernier, elle est incarnée par Ludivine Sagnier, qui sert de contrepoint réaliste aux rêves de son ex-mari. Aperçu récemment dans LE DAIM (Quentin Dupieux, 2019), le visage de Pierre Gommé est enfin immédiatement reconnaissable dans la peau de Max, un ado très doué en informatique, mais coupé du monde et cloîtré dans sa chambre, comme les « Hikikomori » au Japon. Ses compétences lui permettent d’aider Théo dans son mensonge, ce qui a aussi pour effet de l’enfoncer dans une situation de plus en plus périlleuse.

Quand les enfants prodiges redonnent de l'espoir à leurs parents

L’influence la plus manifeste de FOURMI est revendiquée clairement par Julien Rappeneau : il s’agit de BILLY ELLIOT (Stephen Daldry, 2000). Un film qui avait fait sensation il y a vingt ans en révélant l’acteur Jamie Bell, dans le rôle d’un jeune anglais vivant dans une région minière pauvre, et qui se découvre une passion et un talent pour la danse, alors que son père et son frère (mineurs en grève) voudraient qu’il fasse de la boxe comme les garçons de son âge. Plus généralement le réalisateur de FOURMI aime beaucoup les comédies sociales anglaises. On pense notamment à THE FULL MONTY (Peter Cattaneo, 1997) et surtout LA PART DES ANGES (Ken Loach, 2012), l’une des rares comédies du cinéaste britannique, qui avait récolté le Prix du Jury à Cannes en racontant l’histoire d’un jeune père Écossais et violent, qui essaye de trouver sa place dans la banlieue sinistrée de Glasgow.

Plus généralement, un certain nombre de films montrent comme BILLY ELLIOT des enfants dotés d’un talent particulier qui permet de redonner espoir à leurs parents et de les ouvrir à de nouvelles perspectives. Pour rester dans le domaine du foot, on peut citer JOUE-LA COMME BECKHAM (Gurinder Chadha, 2002), puisque l’héroïne du film est une adolescente indo-britannique sikh promise à un mariage arrangé par une famille très traditionnelle, qui lui interdit aussi de jouer au foot parce qu’elle est une femme, alors qu'elle est très douée pour ça. Dans LE MONDE DE NATHAN (Morgan Matthews, 2014), le héros est un jeune ado autiste qui a perdu son père dans un accident de voiture, et qui est aussi un génie des maths (une figure récurrente au cinéma). En représentant la Grande-Bretagne aux Olympiades internationales de mathématiques, il entame une transformation personnelle qui va sidérer sa mère, qu’il avait auparavant du mal à approcher et à considérer comme telle. Qu’ils soient doués avec un ballon de foot, un tutu ou des chiffres, ces enfants prouvent comme le héros de FOURMI qu’on peut compter sur eux pour faire grandir des adultes souvent moins matures qu’eux.

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