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Gloria Mundi ou Marseille sous le soleil noir

Posté par Rosario Ligammari le 4 septembre 2020
Situé à Marseille, L'Estaque est le lieu fétiche de Robert Guédiguian. Le réalisateur a tourné beaucoup de ses chroniques sociales dans ce décor lumineux. Le beau GLORIA MUNDI se déroule toujours à Marseille mais l'ambiance villageoise de L'Estaque a été troquée contre une toute autre atmosphère...
Robert Guédiguian et L'Estaque

Le moins que l'on puisse dire c'est que L'Estaque, quartier ouvrier de Marseille situé au bout des quais portuaires, est un lieu cher à Robert Guediguian. Plus globalement, on peut parler de lui en tant que « cinéaste marseillais » comme on dirait en littérature que Marcel Pagnol ou Jean-Claude Izzo sont eux-mêmes des « auteurs marseillais ». Ou, de la même façon au cinéma, des réalisateurs tels que Henri Verneuil ou René Allio.

Ce n'est ici pas qu'une question d'accent ou de climat mais de représentation de certains quartiers en tant que personnages, en tant que... sujets. Avant Robert Guédiguian, René Allio justement abordait déjà la crise économique de la ville et les problèmes d'urbanisme, notamment lorsqu'il faisait son RETOUR A MARSEILLE (1980).

Des repères pas seulement géographiques

Robert Guédiguian a quitté sa ville natale depuis longtemps ; il vit désormais à Paris. Mais c'est finalement pour mieux y revenir, en l'occurrence au cinéma. Du coup, ses films se suivent et s'avèrent identifiables au sens où ils sont rattachés à cet espace, cet endroit nommé l'Estaque, déjà source d'inspiration de peintres tels que Paul Cezanne ou Auguste Renoir. Si, comme nous l'avons dit, un décor est souvent un personnage à part entière, il peut dans ce cas être crédité aussi bien dans son premier film DERNIER ETE (1981) que dans MARIUS ET JEANNETTE (1997) ou LES NEIGES DU KILIMANDJARO (2011).

Cela dit, chez Guédiguian, il n'y a pas que la ville qui lui est – et qui est pour le spectateur – familière, il y a aussi sa troupe de comédiens. On la retrouve un peu comme une famille une fois tous les deux ans, voire tous les ans, puisque le réalisateur nous a habitué à peu près ce rythme de tournage depuis le début des années 90. Citons Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meylan ou encore, plus récemment, Anaïs Demoustier ou Lola Naymark... Et bien sûr Ariane Ascaride, sa muse. L'actrice a d'ailleurs été récompensée à la Mostra de Venise pour son dernier film, GLORIA MUNDI (2019).

La fin de L'Estaque et des utopies ?

Gérard Meylan, dans le rôle de Daniel, est quelque part le point de départ de GLORIA MUNDI. Sorti de prison, il retrouve Marseille où son ex-épouse, qui est femme de ménage (Ariane Ascaride), s’est remariée avec un chauffeur de bus (Jean-Pierre Darroussin). Sa fille, quant à elle, a donné naissance à Gloria (la « gloria mundi » du titre). Un événement va tout faire voler en éclat...

Comme un Ken Loach marseillais, Robert Guédiguian poursuit sa voie dans la veine sociale, ici plus amère que douce. En porte-parole de la cause prolétarienne, le réalisateur dénonce comme à son habitude la société ultra-libérale, et plus précisément ici sa fameuse « ubérisation ». Et cette fois-ci, surprise, pas d'Estaque, décor trop villageois selon le metteur en scène. Ses personnages traînent du côté de Plombières, une zone déshéritée de Marseille, dans un quartier baptisé récemment « Euroméditerranée »...

C'est déjà le vingt-et-unième film de Robert Guédiguian. Et ladite société qu'il dépeint et déplore ne l'a pas eu à l'usure : le réalisateur marseillais a perdu en illusions ce qu'il a gagné en maturité.

Gloria Mundi, disponible dès le 08/09 sur CANAL+

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