IBRAHIM, le destin brisé d’un premier film primé

Posté par Marc Larcher le 17 février 2022
Avec cette histoire d’adolescent prêt à tout pour rembourser la dette de son père, l’acteur Samir Guesmi réalise un coup de maître. Malheureusement, le COVID a mis à mal la sortie du film salué par la critique
Un second rôle de premier choix

C’est un des meilleurs seconds rôles du cinéma français, un de ses vraies gueules à la silhouette longiligne qu’on a vues partout, c’est-à-dire chez Guillaume Canet, Nicole Garcia, Arnaud Desplechin, Maïwen ou Bruno Podalydès. Les amateurs de série se souviennent encore de son rôle de capitaine de gendarmerie confronté à l’inexplicable dans LES REVENANTS. Il en dit peu généralement mais sa présence bouffe l’écran. Cela aurait pu suffire à faire une carrière exemplaire de celles qui font la fierté du cinéma français mais Samir Guesmi a décidé de franchir le pas, le plus important, celui qui sépare l’acteur du cinéaste, en réalisant, à 52 ans, son premier film, IBRAHIM, long-métrage au destin chahuté ces dernières années.

Quand un simple vol fracasse une famille

Tout commence dans le meilleur des mondes puisque cette histoire d’adolescent triomphe au festival du film francophone d'Angoulême où elle obtient la récompense suprême, un Valois de diamant. Et c'est sans compter ceux du scénario, de la mise en scène et de la musique signée Raphaël Eligoulachvili. Mieux, IBRAHIM bénéficie également du label festival de Cannes pour l’édition 2020, la critique est très bonne – ce qui n’est pas toujours le cas pour les films d’acteur – bref, il ne manque plus que la sortie en salles. Sauf que le Covid la repousse pendant près d’un an, la date du 29 août 2020 va se transformer en 23 juin 2021, l’élan retombe, le milieu du cinéma et le public sont passés à autre chose. Pourtant, l’histoire d’IBRAHIM vaut son pesant d’or et de larmes. Ce lycéen vit avec son père Ahmed, écailleur dans une brasserie parisienne, dans un logement modeste. Dehors, il passe pas mal de temps avec son copain Achille, habitué aux arnaques et aux larcins. Alors que celui-ci lui propose de participer à un vol, Ibrahim n’arrive pas à refuser, ils se font prendre et le père d'Ibrahim se voit contraint de rembourser une forte somme d'argent. Honteux, son fils cherche à le rembourser à tout prix et va pour ça replonger dans la spirale des délits. Les tensions entre le père et le fils ne cessent d’augmenter.

Un film déchirant sur un père et un fils

Bien sûr, Samir Guesmi s’est réservé le rôle du père anaphalbète, celui qui souffre lui aussi en silence, particulièrement émouvant tant il semble dépassé par les événements et incapable de communiquer avec son fils autrement qu’avec des gestes ou des mots violents. Avec ce récit intimiste et social, on retrouve un cinéma proche des petites gens qui touche au cœur comme les films italiens des années 50. Peu d’effets, un jeu brut, vrai, des répliques crédibles et efficaces qui laissent la place au développement des sentiments, en tout point la recette fonctionne. Surtout, le film parvient à mettre en lumière une chose très rare : les relations complexes et invisibles qui lient les fils à leurs pères. Pour toutes ces raisons, il mérite amplement une seconde vie sur les écrans.

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