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L’ADIEU, une comédie touchante sur la fin de vie et le déracinement

Posté par Alexis Lebrun le 6 janvier 2021
Sorti en janvier 2020, ce long-métrage de la réalisatrice sino-américaine Lulu Wang a été injustement snobé lors de sélection 2020 des Oscars. Il reste l’un des films les plus attachants sortis l’an dernier, car il met l’accent sur des questions essentielles comme les multiples identités des familles immigrées.
Un « bon » mensonge ?

L’ADIEU pose d’emblée une question morale : un mensonge est-il acceptable parce qu’il vise à préserver quelqu’un d’une vérité douloureuse ? Dans le film, ce dilemme prend une forme originale : les membres d’une famille décident de ne pas informer leur grand-mère qu’elle est gravement malade d’un cancer des poumons en phase terminale, et qu’elle va très bientôt mourir. Afin de lui dire adieu, ils mettent au point un stratagème assez tordu, en organisant le mariage express d’un cousin comme prétexte pour réunir toute la famille une dernière fois autour de la grand-mère. Celle-ci est jouée par Zhao Shuzhen, une actrice de 74 ans, inconnue à l’international, mais qui est la révélation du film. Elle forme un duo émouvant avec sa petite-fille Billi (incarnée par Awkwafina), une jeune sino-américaine vivant à New York – ses parents ont migré aux Etats-Unis – mais qui a conservé un lien fort avec sa grand-mère (Nai Nai en mandarin) restée en Chine.

Ce scénario est en partie inspiré de la propre histoire de la réalisatrice de L’ADIEU, racontée dans une émission de radio américaine. La famille de Lulu Wang avait en effet organisé un mariage similaire à celui du film comme excuse pour rendre visite à sa grand-mère malade. On apprend à cette occasion dans L’ADIEU que le fait de ne pas annoncer aux personnes en fin de vie qu’elles vont bientôt mourir est une tradition répandue en Chine, afin de leur épargner un fardeau inutile avant la mort. Le film offre à cette occasion une réflexion pertinente sur la vision occidentale de la vie, plus individualiste. De même, en montrant les difficultés des nombreux membres expatriés de la famille à se réacclimater aux coutumes chinoises, L’ADIEU brosse un portrait sensible de ces personnages en proie à un déracinement certain, car tiraillés entre deux cultures encore radicalement opposées.

La confirmation Awkwafina

Si L’ADIEU était inexplicablement absent des Oscars l’an dernier, il était quand même nommé aux Golden Globes dans les catégories Meilleur film en langue étrangère – où il a été battu par un certain PARASITE (Bong Joon-Ho, 2019) – et Meilleure actrice dans un film musical ou une comédie. L’interprète principale du film y a créé l’événement, en devenant la première femme d’origine asiatique à gagner un prix de meilleure actrice. Cette récompense méritée pour sa prestation tout en nuances dans le film illustre l’ascension éclair au cinéma de cette artiste qui a commencé à faire parler d’elle en 2012 avec un morceau de rap devenu viral sur YouTube (MY VAG).

Née en 1988 d’un père sino-américain et d’une mère sud-coréenne, Awkwafina partage un point commun avec son personnage dans le film : elle était très proche de l’une de ses grands-mères lorsqu’elle était jeune. Après avoir publié son premier album en 2014, elle se lance la même année dans les séries (GIRL CODE), avant de goûter à ses premiers rôles majeurs au cinéma. Elle a connu son premier gros succès avec CRAZY RICH ASIANS (Jon Chu, 2018), participé aux blockbusters OCEAN’S 8 (Gary Ross, 2018) ou JUMANJI : NEXT LEVEL (Jake Kasdan, 2019), et on la retrouvera bientôt dans le Marvel SHANG-CHI AND THE LEGEND OF THE TEN RINGS (Destin Daniel Cretton, 2021), sans oublier qu’elle possède maintenant sa propre série sur HBO Max : AWKWAFINA IS NORA FROM QUEENS (2020).

Après la mort d’un proche, des réunions familiales qui déraillent…

Il est de coutume pour une famille de se réunir plus ou moins longuement après le décès d’un de ses membres. Ces rassemblements très singuliers sont une aubaine pour le cinéma, car ils permettent de mettre en scène plus ou moins en huis clos toutes sortes d’histoires et de situations théâtrales potentiellement dramatiques, comiques, ou les deux à la fois, souvent tirées de l’expérience personnelle des scénaristes d’ailleurs, comme c’est le cas dans L’ADIEU. Très récemment, le film À COUTEAUX TIRÉS (Rian Johnson, 2019) a proposé une variation délicieuse sur ce thème en le mélangeant avec une bonne enquête « whodunit » (sorte de Cluedo de la fiction), puisqu’il réunit les membres d’une même famille dans un manoir appartenant à leur patriarche riche et vieillissant pour fête son anniversaire et discuter de sa succession – juste avant qu’il soit mystérieusement assassiné par l’un de ses héritiers potentiels dans la soirée.

Le point de départ est le même dans L’HEURE D’ÉTÉ (Olivier Assayas, 2008), où les enfants de la matriarche sont aussi réunis dans la maison familiale (pleine de trésors) pour fêter son anniversaire et régler sa succession. La mère de famille meurt peu après, et les enfants se réunissent à nouveau dans la fameuse maison, mais peinent à s’entendre sur ce qu’il faut en faire. Dans C’EST ICI QUE L’ON SE QUITTE (Shawn Levy, 2014), quatre frères et sœurs reviennent aussi dans leur maison d’enfance à la mort de leur père, car celui-ci a exigé en guise de dernière volonté qu’ils passent sept jours ensemble sous le même toit, ce qui crée évidemment beaucoup de remous. Enfin, le beaucoup moins léger NOS FUNÉRAILLES (Abel Ferrara, 1996) raconte l’histoire d’une fratrie de gangsters, réunie pour l’enterrement d’un des frères après son assassinat. Vous l’avez compris, les films de ce genre ne sont pas près de faire « leurs adieux » au cinéma.

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