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LA DARONNE : Isabelle Huppert en dealeuse, c’est de la bonne

Posté par Cinéma Canal le 4 juin 2021
Métamorphosée, l’icône du cinéma français porte sur ses épaules ce portrait d’une femme libre et gonflée, où le mélange de comédie et de suspense laisse aussi la place à l’émotion. Si vous pensiez avoir été au bout de vos surprises, LA DARONNE pourrait bien vous prouver le contraire.
Double-Face

Traductrice franco-arabe pour la brigade des stupéfiants, Patience (Isabelle Huppert) a du mal à joindre les deux bouts et à payer la chambre d’EHPAD hors de prix de sa mère. Veuve depuis longtemps – d’un mari qui a laissé des tonnes de dettes –, elle a dû s’occuper seule de ses deux filles désormais adultes, et sa vie semble manquer sérieusement de piment, malgré sa liaison avec Philippe (Hippolyte Girardot), qui vient d’être promu commandant à la brigade où elle travaille. Alors le jour où elle apprend lors de ses écoutes que l’aide-soignante de sa mère est la mère d’un trafiquant sur le point de se faire arrêter, elle prend une décision radicale pour remédier à l’ennui et à la dèche financière. Ni une, ni deux, elle part récupérer la came abandonnée en rase campagne et se crée un personnage de trafiquante blingbling pour écouler ses kilos de drogue à Paris avec un réseau de dealers.

Bien aidée par sa maîtrise de l’arabe – Isabelle Huppert a appris ses répliques phonétiquement – et sa connaissance des enquêtes policières, elle prend goût à ce double-jeu qui n’est évidemment pas sans danger, puisqu’en plus de fréquenter des gros bonnets du deal, elle se retrouve sur le radar de ses collègues de travail, qui se mettent à la nommer « La Daronne ». Mais en sortant de son train-train quotidien, elle se libère aussi en tant que femme et se reconnecte au passé interlope de ses parents. Cette intrigue, vous avez peut-être déjà pu la découvrir dans le roman éponyme publié en 2017 par l’écrivaine et avocate Hannelore Cayre, qui a participé à cette adaptation en tant que scénariste, et qui a d’ailleurs été nommée avec le réalisateur Jean-Paul Salomé pour le César de la meilleure adaptation cette année.

Jean-Paul Salomé, expert en déguisements

Cela n’a rien d'une surprise, LA DARONNE repose intégralement sur le jeu d’actrice d’Isabelle Huppert, qui semble s’en donner à cœur joie dans ce film où les genres se mélangent en permanence, passant parfois du polar à la comédie dans une même scène. L’actrice qui détient le record de nominations aux César semble beaucoup s’amuser en naviguant entre les registres et les langues, mais aussi en enfilant des costumes dont le moins que l’on puisse dire est qu’ils ne passent pas inaperçus. Déguisée de façon très clinquante quand elle donne rendez-vous aux dealers dans des palaces, elle se fait nettement plus discrète lorsqu’il s’agit d’arpenter les quartiers du nord de Paris, où prend place une bonne partie du film.

Mais si LA DARONNE rend un bel hommage à ces arrondissements métissés et à leurs habitants trop peu présents dans le cinéma français, il confirme surtout le goût du réalisateur Jean-Paul Salomé pour les films où les déguisements jouent un rôle central. C’était ainsi déjà le cas en 2001 dans l’adaptation BELPHÉGOR, LE FANTÔME DU LOUVRE, mais aussi dans sa version d’ARSÈNE LUPIN sortie en 2004, avant que le film noir LE CAMÉLÉON enfonce le clou en 2010 en racontant l’histoire du célèbre usurpateur d’identités Frédéric Bourdin.

Quand les femmes prennent les rênes du trafic

Si vous suivez un peu l’actualité des films français, il ne vous aura pas échappé que le look d’Isabelle Huppert dans LA DARONNE fait étrangement écho à celui d’Isabelle Adjani dans le très réussi LE MONDE EST À TOI (Romain Gavras, 2018), un long-métrage qui mélangeait déjà polar et comédie, et dans lequel l’autre icône du cinéma hexagonal se métamorphosait elle en boss complètement barrée d’un gang de femmes pickpockets.

Le film de Jean-Paul Salomé peut aussi évoquer la comédie PAULETTE (Jérôme Enrico, 2013), le tout dernier rôle de Bernadette Lafont, où l’actrice de la Nouvelle Vague incarnait une mamie raciste et sans le sou dans un HLM de banlieue, où elle décidait de se lancer elle aussi dans le trafic de drogue pour payer ses factures. Nettement plus sérieux, DIVINES, réalisé par Houda Benyamina en 2016, raconte le parcours d’une jeune lycéenne qui laisse tomber les études pour intégrer un important réseau de deal de la région parisienne, séduite par la réussite de celle qui est à sa tête. Le film a révélé le talent d’une poignée d’actrices inconnues auparavant, preuve que derrière les deux Isabelle, la relève est assurée.

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