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LA MISSION, un western crépusculaire taillé sur mesure pour Tom Hanks

Posté par Alexis Lebrun le 8 février 2021
Dans ce road-trip à l’ancienne au cœur de l’Amérique sécessionniste, l’acteur américain forme un duo émouvant avec la jeune actrice allemande Helena Zengel, en lice pour les Golden Globes et peut-être les Oscars. Disponible sur Netflix le 10 février, LA MISSION (Paul Greengrass) participe aussi au renouvellement salvateur d'un genre un peu moribond, le western.
Voyage au bout de l'enfer

Adapté du roman de Paulette Jiles sorti en 2016 (NEWS OF THE WORLD, titre original du film), LA MISSION a pour protagoniste le capitaine Jefferson Kyle Kidd, un vétéran de la guerre de Sécession qui exerce un métier touchant vu d’aujourd’hui : parcourir le pays de ville en ville pour lire une partie des journaux à la population. Au cours de son périple, il fait la rencontre d’une fillette enlevée très jeune par des indiens Kiowa, et qui ne connaît donc que leur langue et leurs coutumes. Le personnage joué par Tom Hanks est le seul à pouvoir la ramener auprès de sa famille, ce qu’il finit par accepter, même s’il sait que le voyage sera parsemé de nombreux dangers. Car pour parvenir à destination, notre duo doit traverser toute une partie du Texas, un État confédéré où une grande partie de la population n’accepte pas la défaite du sud dans la guerre de Sécession cinq ans avant, et où les indiens sont rarement les bienvenus, comme « les nouvelles du monde » – assimilées aux États vainqueurs du nord – et les noirs qui ne sont pas des esclaves (voir la série THE GOOD LORD BIRD sur CANAL+).

En incarnant un veuf vieillissant traumatisé par les atrocités de la guerre et hanté par la mort prématurée de sa femme, Tom Hanks contribue à sa façon à redessiner les contours de la figure du héros de western. Tout en sensibilité, son personnage est intrigué par la jeune "enfant sauvage" qu’il prend sous son aile, et il parvient rapidement à créer une complicité avec elle malgré la barrière de la langue. L’occasion pour LA MISSION de délivrer une belle histoire sur le pouvoir de la narration et surtout de la filiation, au cœur d’une Amérique visuellement à couper le souffle, mais souvent cauchemardesque par ses personnages encore très actuels malheureusement.

Tom Hanks et Paul Greengrass à nouveau réunis et en mission pour les Oscars ?

La première fois que l’acteur américain et le réalisateur britannique ont travaillé ensemble, c’était en 2013 pour le thriller CAPITAINE PHILLIPS, et ce fut un succès à tout point de vue : gros carton au box-office et six nominations aux Oscars. À défaut de pouvoir rééditer la performance dans les salles – pandémie oblige –, le duo peut au moins espérer que LA MISSION connaîtra les mêmes honneurs lors de la cérémonie des Oscars de cette année. Si Tom Hanks vient d’être snobé pour le Golden Globes du meilleur acteur, la révélation Helena Zengel est bien présente (à seulement 12 ans) dans les nominations de la catégorie meilleure actrice dans un second rôle. Le public avait déjà pu la découvrir l’an dernier dans le drame allemand BENNI (Nora Fingscheidt), où elle incarnait une petite fille violente en mal d’amour maternel, et confiée aux services sociaux.

Elle n’est pas la seule à se démarquer dans le nouveau long-métrage de Paul Greengrass : le compositeur James Newton Howard a lui aussi obtenu une nomination méritée aux Golden Globes pour la très belle bande originale du film, et la photographie de Dariusz Wolski – chef opérateur associé à Ridley Scott depuis PROMETHEUS (2012) – est tout aussi splendide et fait d’autant plus regretter qu’un film pareil souffre de la fermeture prolongée des salles de cinéma. Quant à Tom Hanks, son armoire à trophées est déjà bien trop remplie pour qu’il soit préoccupé par la saison des récompenses, mais sa prestation dans LA MISSION confirme encore une fois que le temps n’a pas de prise sur lui, après son formidable rôle l’an dernier dans L’EXTRAORDINAIRE MR. ROGERS (Marielle Heller), malheureusement même pas sorti au cinéma en France.

Les nouveaux visages du western

Genre classique du cinéma hollywoodien par excellence, le western a su se renouveler depuis une quinzaine d’années et la sortie du chef-d’œuvre des frères Coen, NO COUNTRY FOR OLD MEN (2007), un long-métrage qui n’a pas seulement récolté quatre Oscars (dont celui du meilleur film), mais qui est surtout un des meilleurs films des vingt dernières années. Depuis, c’est un véritable festival, avec le très controversé et très spectaculaire DJANGO UNCHAINED  2012) de Quentin Tarantino, qui a pris le risque de mélanger le western avec le traumatisme de l’esclavage, avant de rempiler dans le même genre en 2015 pour son huis-clos étouffant, LES HUIT SALOPARDS. On peut également citer le cinéaste australien David Michôd, qui a sorti en 2014 THE ROVER, un western post-apocalyptique génial sous forte influence du MAD MAX (1984) de George Miller, dont on peut d’ailleurs ranger le dernier film MAD MAX: FURY ROAD (2015) dans la catégorie du néo-western. En 2016, COMANCHERIA (David Mackenzie) a aussi fait sensation en passant le western au mixeur avec le film de casse et le thriller, pour un résultat sans faute.

Difficile en outre de ne pas évoquer l’anti-western THE REVENANT (Alejandro González Iñárritu, 2015), qui a rapporté à Leonardo DiCaprio l’Oscar tant attendu du meilleur acteur, ou LA DERNIÈRE PISTE (Kelly Reichardt, 2011) qui a bouleversé les codes du genre avec ses héroïnes, tout comme les frères Coen – encore eux – dans TRUE GRIT (2010), dont le personnage principal féminin joué par Hailee Steinfeld (14 ans à l’époque du film) et accompagné dans son road trip par le vieux marshal incarné par Jeff Bridges rappelle un peu le duo à l’écran dans LA MISSION. Le film de Paul Greengrass évoque aussi le tout récent HOSTILES de Scott Cooper (2017), qui se déroule à peu près à la même période, et dans lequel un militaire (Christian Bale) doit ramener une famille en terres indiennes et affronter au passage de nombreux dangers. Enfin, puisque l’on a parlé d’héroïnes, on ne résiste pas au plaisir d’évoquer la série WESTWORLD (Jonathan Nolan et Lisa Joy, 2016) qui remet au goût du jour le mélange de western et de science-fiction du film culte MONDWEST (Michael Crichton, 1973), en adoptant un point de vue féministe réjouissant. Et toujours au rayon des séries, THE MANDALORIAN (Jon Favreau, 2019), a réussi à ressusciter artistiquement la licence STAR WARS en penchant sérieusement du côté du space western. Une série d’ailleurs comparée à LA MISSION par Tom Hanks, qui voit non sans raison son film comme « THE MANDALORIAN sans sabre laser. »

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