Aller au menuAller au contenu principalAller à la recherche

Le Mystère Henri Pick : une incarnation de la complexité de Luchini

Posté par Rosario Ligammari le 15 avril 2020
Fabrice Luchini est autant un grand acteur qu'un personnage complexe. Le Mystère Henri Pick, dans lequel il interprète un critique littéraire, nous donne l'occasion de nous pencher sur son propre mystère.
Le mystère Luchini

Avec sa diction précieuse, on pourrait croire qu'il est issu de la bourgeoisie alors que ses parents étaient de simples primeurs. Il adule les grands auteurs classiques (Victor Hugo, Louis-Ferdinand Céline...) dont il a fait pléthore de lectures au théâtre et pourtant il était loin d'être un bon élève à l'école – il n'est ni plus ni moins autodidacte. Le public le connaît sous le nom de Fabrice, pourtant il s'appelle Robert : n'est-ce pas d'ailleurs la moitié d'un clin d’œil s'il est l'acteur principal de Rien sur Robert (Pascal Bonitzer, 1999) ?

Y a-t-il encore besoin d'autres exemples pour expliquer le mystère Luchini ? L'acteur est une énigme ; au départ, il était en tout cas loin d'être ce qu'il est aujourd'hui. Comme quoi, pour paraphraser le premier long-métrage dans lequel il joue, Tout peut arriver (Philippe Labro, 1969).

Des fulgurances verbales

Ce qui n'est pas un mystère, en revanche, c'est que l'acteur sait se faire remarquer à l'écran, qu'il soit petit ou grand. Chaque apparition télévisuelle promet du spectacle. Sur les planches, chacune de ses lectures est une aventure. Chaque personnage qu'il interprète est habité par son charisme lettré ; comme on dit d'un acteur qu'il « occupe l'espace » par son physique, Luchini lui l'emplit de son esprit, de ses fulgurances verbales. Et s'il a souvent été assimilé à un cinéma dit « intellectuel », l'acteur n'a jamais pour autant été « ronflant ». Luchini aime « jouer » : il n'y a donc pas de mystère à ce qu'il soit acteur.

Aussi loquace soit-il, sa filmographie foisonnante parle à sa place. Fabrice Luchini a tourné avec Eric Rohmer (Le Genou de Claire en 1970 ; Les Nuits de la pleine lune en 1984...) avec Claude Lelouche (Tout ça... pour ça ! en 1993) ou avec Anne Fontaine (La Fille de Monaco en 2008). Pour Max Mon amour (1986), il a même été dirigé par le réalisateur de L'Empire des sens (1976) – soulignons d'ailleurs son goût pour l'érotisme puisqu'il a aussi a joué dans le premier segment des Contes Immoraux (Walerian Borowczyk, 1974) ou encore dans Emmanuelle 4 (Francis Leroi, 1984).

Des « films littéraires »

Ce que l'on peut cerner dans la filmographie de Fabrice Luchini, c'est la récurrence des longs-métrages « littéraires », si tant est que l'on puisse qualifier ainsi ces films dans lesquels la littérature occupe une place importante. L'acteur a joué dans Beaumarchais l'insolent (Edouard Molinaro, 1996), long-métrage sur ledit dramaturge tiré d'une pièce écrite par Sacha Guitry ; de la même manière, il s'est illustré dans Le Colonel Chabert (Yves Angelo, 1994), sans oublier non plus qu'il incarne Monsieur Jourdain dans Molière (Laurent Tirard, 2007).

Réalisé par Rémi Bezançon et adapté du roman éponyme de David Foenkinos (2006), Le Mystère Henri Pick (2019) a aussi beaucoup à voir avec la littérature. En effet, le dénommé Henri Pick n'est autre qu'un auteur décédé dont le manuscrit a été refusé quelques années auparavant. Une jeune éditrice (Alice Isaaz) le découvre et, impressionnée, décide de le publier. Fabrice Luchini, dans la peau d'un critique littéraire, croit qu'il s'agit imposture. Qu'en est-il donc d'Henri Pick ? Mystère.

En attendant, concernant Luchini, on peut dénouer le mystère : l'acteur est insaisissable simplement parce qu'il est libre.

Le Mystère Henri Pick, disponible dès le 21/04