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LE PRINCE OUBLIÉ, un conte fantastique sur le passage à l’âge adulte

Posté par Alexis Lebrun le 10 décembre 2020
Avec son septième film, Michel Hazanavicius s’adresse aux parents comme aux plus jeunes en abordant deux thèmes universels : la fin de l’enfance et le lien père-fille. Et c’est Omar Sy qui incarne LE PRINCE OUBLIÉ en même temps que la figure du père, dans ce film bicéphale ambitieux qui interroge aussi la place que nous laissons à l’imaginaire dans nos vies.
Fin de l’histoire

Doit-on cesser de rêver de mondes merveilleux parce que l’on devient adulte ? À cette question, Michel Hazanavicius répond avec LE PRINCE OUBLIÉ par un éloge de l’imagination, puisque le film alterne en permanence entre des scènes ancrées dans le monde réel, et des aventures surréalistes nées dans la tête du personnage principal. Omar Sy joue en effet le rôle d’un père célibataire qui adore élaborer et raconter chaque soir des histoires au moment de coucher sa fille. Il s’imagine en prince qui sauve sa princesse (sa fille) dans un royaume fantastique coloré et peuplé d’habitants étranges comme le méchant joué par François Damiens.

Mais sa fille grandit, et avec l’entrée au collège et dans l’adolescence, elle a passé l’âge d’écouter les histoires enfantines de son père. Pour ce dernier, c’est le drame : le monde imaginaire qui le faisait rêver avec sa fille tombe en lambeaux, et pire encore, il y devient un personnage secondaire, vite remplacé par un camarade de classe blond qui a tout du prince charmant aux yeux de sa fille. Pour retrouver une place dans l’histoire de sa fille en pleine crise d’adolescence, il peut en tout cas compter sur l’aide de sa nouvelle voisine (incarnée par Bérénice Bejo), qui a un rôle bien particulier à jouer.

Le passage difficile d’un âge à un autre, une constante dans l’œuvre du réalisateur

Dans LE PRINCE OUBLIÉ, lorsque le père joué par Omar Sy voit sa fille grandir et s’éloigner de lui, il ressent des sentiments contradictoires qui parleront sans aucun doute à beaucoup de parents. Trop envahissant, il a une sale tendance à traiter sa fille adolescente comme une gamine et à ne pas comprendre son désir nouveau d'indépendance. Sa peur d’être inutile et ringardisé par sa fille rappelle inévitablement la star du cinéma muet jouée par Jean Dujardin dans THE ARTIST (Michel Hazanavicius, 2011). Dans son film multi-oscarisé, le réalisateur abordait en effet déjà une transition douloureuse avec le passage au cinéma parlant, à travers le personnage de Dujardin, mis au placard comme toute une génération d’acteurs.

On retrouve encore cette obsession dans LE REDOUTABLE (2017), où Hazanavicius se concentre sur le basculement artistique de Jean-Luc Godard vers un cinéma moins grand public, à la suite des grands bouleversements de la fin des années 1960. Et comme Michel Hazanavicius est aussi un fan revendiqué de Pixar, LE PRINCE OUBLIÉ évoque aussi beaucoup deux chefs-d’œuvre du studio d’animation. Le premier est bien sûr VICE-VERSA (Pete Docter, 2015), où les émotions d’une adolescente étaient personnifiées et filmées dans sa tête. Mais sur le thème du passage à l’âge adulte, impossible d’esquiver la référence bouleversante qu'est TOY STORY 3 (Lee Unkrich, 2010), dans lequel le personnage d’Andy se sépare de ses jouets en raison de son entrée à la fac.

Le lien père-fille est éternel au cinéma aussi

Dans LE PRINCE OUBLIÉ, le père incarné par Omar Sy est père célibataire parce qu’il est veuf. C’est de ce drame dont le film ne dit rien que semble découler son dévouement total à sa fille et aussi son caractère un peu trop protecteur et infantilisant. En matière de films sur une relation père-fille complexe, on peut difficilement faire mieux qu’INTERSTELLAR (Christopher Nolan, 2014), chef-d'oeuvre de science-fiction épique qui est pourtant d’abord un grand film sur la mise à l’épreuve de ce lien particulier à travers plusieurs décennies. Le personnage de veuf joué par Matthew McConaughey y abandonne sa fille pour se lancer dans une mission spatiale de nombreuses années, dont il pourrait ne pas revenir, ce qui donne une scène d’adieux parmi les plus déchirantes de l’histoire du cinéma.

Toujours dans le registre post-apocalyptique intime, LIGHT OF MY LIFE (Casey Affleck, 2020) met en scène un autre père veuf, qui tente cette fois de cacher sa fille en la faisant passer pour un garçon, dans un monde où les femmes ont quasiment disparu de la planète en raison d’une mystérieuse épidémie. Moins tragique, SOMEWHERE (Sofia Coppola, 2011) confronte un acteur hollywoodien paumé à sa fille adolescente que lui abandonne sa mère. Le biopic STEVE JOBS (Danny Boyle, 2015) tourne aussi intégralement autour de la relation entre l’ancien patron d’Apple et sa fille Lisa, dont il nie longtemps être le père. Comme tous ces films, LE PRINCE OUBLIÉ illustre en tout cas la double dynamique du lien père-fille, en montrant comment ces dernières font aussi grandir leur parent.

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