Mary Shelley ou la vie tourmentée de l'autrice de Frankenstein

Posté par Rosario Ligammari le 15 Septembre 2019
Les vies tumultueuses des écrivains incarnent un sujet idéal de cinéma. A travers le biopic de Mary Shelley, Haifaa Al Mansour signe un film sur l'existence flamboyante et tragique de la créatrice du monstre Frankenstein. Et tire, par la même occasion, le portrait d'une femme indocile du XIXème siècle.
L'écrivain derrière ses livres

C'est une évidence incontestable : littérature et cinéma sont intrinsèquement liés. Il n'y a pas dix-mille possibilités : quand il ne s'agit pas d'un scénario original ou d'un film tiré d'un fait réel, le roman constitue une option d'histoire transposable à l'écran. Qui plus est, un succès en librairie représente quasiment l'assurance d'un triomphe en salle (de Millenium à Harry Potter, pour ne citer que des exemples récents). Les lecteurs nombreux incarnent des spectateurs potentiels.

Mais le septième art s'est aussi intéressé à la littérature en tant que telle et plus directement à ceux qui la font : les auteurs. Le film se penchera alors, à l'échelle intime, sur les histoires d'amour souvent tourmentés de l'écrivain, plus globalement sur ses relations avec le monde. A une échelle plus large, le film s'attardera sur sa personnalité en tant que reflet de l'époque, l'écrivain en tant qu'observateur de son temps. De plus, derrière ses livres, il reste une forme de mystère difficile à percer en tant qu'humain.

Vies romanesques

Alors oui, le cinéma reprend le personnage de l'écrivain, sa vie, son œuvre, mais surtout sa vie. En effet, contrairement à un biopic musical qui donne à voir des séances d'enregistrement en studio ou même – plus spectaculaire – à des concerts (comme récemment Bohemian Rhapsody de Bryan Singer en 2018 ou Rocketman de Dexter Fletcher sorti cette année), les films qui mettent en scène des écrivains peuvent être limités lorsqu'il s'agit de retranscrire l'activité d'écriture, cette dernière étant peu exaltante à l'image.

Ce qui est davantage palpitant, c'est l'existence de l'écrivain qu'on peut voir pour ainsi dire comme une forme de matériau pour son travail et son inspiration, l'écriture et la vie ne formant parfois qu'un. Certains auteurs ont d'autant plus eu des existences justement romanesques, autant que leurs propres romans, si ce n'est parfois davantage. Ainsi les films sur les vies tumultueuses des écrivains ne manquent pas, de Kafka (Steven Soderberg, 1992) à Truman Capote (Bennett Miller, 2006) en passant par Bright Star sur le poète John Keats (Jane Campion, 2010).

Portraits de femmes fortes

Les films sur les écrivaines ont donné aussi des films passionnants : : Virginia Woolf dans The Hours (Stephan Daldry, 2002), le « charmant petit monstre » François Sagan dans le film à son nom sorti trois ans seulement après sa mort (Sagan, Diane Kurys, 2008). On peut citer encore Jane Austen : en plus de plusieurs adaptations de ses livres sur grand écran (comme Orgueil et Préjugés de Joe Wright sorti en 2005), l'écrivaine a eu droit à son biopic avec Jane de Julian Jarrold (2007). C'est aussi le cas de Mary Shelley (Haifaa Al Mansour, 2018), interprétée avec panache par Elle Fanning.

Indissociable de Frankenstein – le monstre littéraire qu'elle a crée jusqu'à ce que celui-ci lui fasse presque de l'ombre – Mary Shelley incarne la figure de la femme de lettres qui a fait bouger les lignes de son temps. Et qui a eu une vie faite de beaucoup d'obstacles et de tragédies : le décès de sa mère alors qu'elle venait de naître, celui de trois de ses enfants ou encore, plus tard, celui de son mari lors d'un naufrage. Mais Mary Shelley a aussi eu une existence parsemée de succès, d'amour libre, d'amitiés avec le grand John Byron...

En somme, une vie romanesque donc cinématographique.

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