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MISS : une comédie touchante et un hymne à la tolérance

Posté par Alexis Lebrun le 22 juin 2021
Sept ans après son premier film en tant que réalisateur, le franco-portugais Ruben Alves a fait son retour dans les salles l’an dernier avec MISS, une comédie grand public qui ose aborder des thèmes importants et ô combien d’actualité, comme l’identité, le brouillage des genres ou la vision de la féminité entretenue par la société.
Rêve de gosse

Tous les enfants ne renoncent pas à leurs rêves. C’est le cas d’Alex (Alexandre Wetter), le héros de MISS, une gravure de mode au physique androgyne qui se lance très sérieusement dans la course pour devenir la nouvelle Miss France. Cette couronne, il la convoite depuis qu’il a l’âge de 9 ans, mais entre-temps, il n’a pas été gâté par la vie, puisqu’il a perdu ses parents et vit donc en colocation dans une communauté haute en couleurs et qui lui sert un peu de famille de substitution. Précisons-le d’emblée, MISS ne raconte pas un parcours de transition, puisqu’Alex reste un homme et ne souhaite pas devenir une femme : il souhaite simplement pouvoir exprimer librement sa part de féminité avec laquelle il veut pouvoir se sentir à l'aise.

Profitant bien sûr à fond de son ambiguïté physique, il se présente au célèbre concours en dissimulant sa véritable identité, et passe donc par les différentes étapes de préparation plus ou moins désuètes des miss pour le grand jour du vote. Il y affronte évidemment une certaine adversité, incarnée par une concurrente (Stéfi Celma) et Amanda (Pascale Arbillot), la directrice autoritaire du concours. Heureusement, Alex peut aussi compter sur son entourage pour le pousser, notamment Yolande (Isabelle Nanty), sa logeuse qui le soutient même si elle déteste le principe de Miss France.

En quête d'identité

Pour autant, n’allez pas croire que MISS est une comédie grasse sur un homme propulsé au cœur de la machine Miss France. Le film de Ruben Alves touche à des questions sérieuses, comme les injonctions faites aux hommes, à qui on demande encore et toujours en 2020 de faire preuve de virilité mais surtout pas d’exprimer une part de féminité, à moins bien sûr de rentrer dans d’autres cases prédéfinies. Le héros androgyne de MISS est d’ailleurs en quête d’identité car il ne se retrouve pas dans cette vision très réductrice de la masculinité.

Et si Alex reste un homme, il vit entre autres avec son amie Lola, une femme transgenre qui lui est d’une aide particulièrement précieuse pour découvrir et assumer sa féminité. La partition de Thibault de Montalembert est étonnante dans ce rôle, mais MISS est très clairement porté par le mannequin Alexandre Wetter dans le rôle principal, dont c’est le premier long-métrage. Impressionnant de magnétisme et de sensibilité, il a bien sûr été nommé pour le César du meilleur espoir masculin cette année, après avoir fait déjà parler de lui en défilant en femme pour Jean-Paul Gaultier en 2016.

Quand les concours de beauté passent sur grand écran

Après avoir exploré ses racines familiales dans son premier film en tant que réalisateur – avec la comédie LA CAGE DORÉE (2013) –, celui qui est aussi acteur et scénariste s’attaque cette fois avec MISS à un grand classique de la culture populaire. Car si les concours de beauté restent logiquement controversés aujourd’hui, ils ont au moins le mérite d’avoir donné quelques films culte. C’est le cas du délicieux road movie LITTLE MISS SUNSHINE (Jonathan Dayton et Valerie Faris, 2006) et de son concours pour enfants, mais aussi de la comédie noire BELLES À MOURIR (Michael Patrick Jann, 1999), dans lequel les concurrentes d’un concours local sont mystérieusement tuées les unes après les autres, car tout est bon pour gagner.

Le casting de rêve du film (Kirsten Dunst, Denise Richards et Amy Adams dans son premier rôle) a trouvé du répondant un an plus tard avec MISS DÉTECTIVE (Donald Petrie, 2000), où Sandra Bullock incarne une agente du FBI très bourrue mais contrainte d’infiltrer l’élection de Miss USA pour empêcher un attentat. Sous ses allures de comédie stéréotypée, le film interrogeait pourtant déjà il y a plus de vingt ans les injonctions de genre faites aux femmes, et prouvait avant MISS que la comédie grand public pouvait servir à faire évoluer les mentalités dans le sens d’un peu plus de tolérance et d’acceptation des différences.

MISS, diffusé le 23 juin sur OCS, disponible avec CANAL+.

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