ONODA 10 000 NUITS DANS LA JUNGLE, le destin fou d’un film hors normes

Posté par Marc Larcher le 16 février 2022
Avec l’histoire vraie d’un soldat japonais ayant passé 30 ans dans la jungle armes à la main après la défaite, le cinéaste français Arthur Harari réussit un tour de force. Faire triompher un projet aussi exigeant que sublime.
Un projet de grande ampleur

C’est, au sens propre comme au figuré, une des plus belles histoires que le cinéma français nous ait offertes ces dernières années. Pour son premier long métrage, ONODA, 10 000 NUITS DANS LA JUNGLE, Arthur Harari défend un projet ambitieux, aussi bien scénaristiquement, visuellement que techniquement. Un film sur la guerre du Pacifique tourné à l’autre bout de la planète, au Cambodge, en langue japonaise avec des acteurs inconnus et qui dure près de trois heures. Soit de quoi effrayer les producteurs frileux, plus avides de comédies pas chères tournées en appartement. Sauf qu’un ou plusieurs miracles se sont produits.

La guerre d’un soldat contre un ennemi invisible

Tout d’abord, le jeune cinéaste a été soutenu par son producteur Nicolas Anthomé depuis ses premiers courts-métrages et celui-ci a réussi à convaincre des investisseurs internationaux - de la Belgique au Japon - de soutenir le projet. Le casting lui-même a duré une année puis le tournage a eu lieu sans incident majeur pendant trois mois au Cambodge. Face au produit final, ce n’est rien de moins que l’ouverture du festival de Cannes 2021, catégorie Un certain regard – la plus exigeante aux yeux des professionnels – qui lui a d’emblée été réservée. Alors que se passe-t-il de si magique à l’écran ? L’intrigue n’est justement pas sans rappeler le destin du film : un homme lutte seul contre les éléments, contre son époque, contre un ennemi invisible et contre l’évidence. Il s’agit d’Hirō Onoda, un soldat japonais sélectionné dans une section secrète de l'armée où il sera formé à la guérilla avant d'être affecté dans les Philippines sur l’île de Lubang. Contrairement à ses compatriotes prompts à mourir pour la patrie voire à jouer les kamikazes, le sous-lieutenant est habité par autre chose. Et quand la guerre cesse, Onoda refuse de voir l’évidence de la défaite. Replié dans le centre de l'île avec une poignée d'hommes, il y voit une des nombreuses ruses des Américains. Ce n’est pourtant que le début d’une aventure intérieure puisque leur retraite et leur guérilla va durer près de trente ans jusqu’à ce qu’ils finissent par rendre les armes.

Quatre Césars et pas des moindres

Face à ce qu’il faut bien appeler un chef d’œuvre, la critique s’est inclinée comme les académies de professionnels. Ainsi, le long-métrage a décroché le prix Louis Delluc 2021, le César du meilleur film, du meilleur scénario original, de la meilleure réalisation et de la meilleure photographie. Au festival de Cannes, on ne comptait plus les critiques estimant qu’il aurait eu la Palme d’or s’il avait été présenté dans la sélection officielle. Dès lors les comparaisons élogieuses viennent à la mémoire, avec APOCALYPSE NOW (1979), autre récit d’un soldat devenu fou au milieu de la jungle inspiré alors par le romancier Herman Melville, LA LIGNE ROUGE (1998) de Terrence Malick pour la beauté des plans, DUEL DANS LE PACIFIQUE (1978) de John Boorman en 1968 pour le rôle de Toshiro Mitsune et OBA, LE DERNIER SAMOURAÏ (2011) pour le soldat qui tient une île à lui tout seul. Bref un cercle de premier choix auquel le cinéaste français appartient désormais de plein pied et ce, dès son coup d’essai et coup de maître.

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