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POISSONSEXE, une tragicomédie dystopique sur l’effondrement écologique

Posté par Alexis Lebrun le 16 mars 2021
Dans son troisième long-métrage, Olivier Babinet mélange comédie romantique et fable écologique dans un univers de science-fiction d’autant plus effrayant qu’il est peu éloigné de la réalité. Et avec Gustave Kervern et India Hair, le réalisateur de POISSONSEXE a réuni un duo aussi drôle que touchant.
Un enfant à tout prix

Dans un présent alternatif très vraisemblable ou un futur très proche, la faune marine a quasiment disparu. Les océans sont envahis de déchets, et Daniel (Gustave Kervern), un scientifique tenace mais déprimé par ses échecs personnels, cherche absolument à trouver la trace d’un poisson vivant, alors que le reste de l’humanité suit en direct le devenir de Miranda, la dernière baleine vivante.

Au sein de son labo, Daniel tente aussi désespérément d’inciter deux poissons rescapés (nommés Adam et Eve) à se reproduire, ce qu’il rêverait aussi de faire personnellement pour avoir enfin une descendance. Malheureusement pour lui, la ville fictive où il habite compte bien peu de femmes célibataires en âge de procréer : trois pour être précis. Pourtant, un double miracle semble se produire lorsqu’il fait la découverte sur une plage d’un drôle de spécimen de poisson, en compagnie de Lucie (India Hair), une employée de station-service où il a ses habitudes, et pour qui il éprouve rapidement des sentiments.

Mélange réussi des genres

On peut faire un bon film de science-fiction avec peu de budget, du moment que l’on a de bonnes idées. POISSONSEXE en apporte la preuve éclatante, en réussissant à intégrer la réalité des désastres écologiques à venir comme l’extinction des espèces dans une intrigue terriblement dystopique mais qui réserve par ailleurs des moments totalement hilarants. La créature étrange recueillie par Daniel est en réalité un axolotl, une sorte de salamandre qui existe bel et bien dans la réalité, et qui donne dans le film des échanges totalement surréalistes et en même temps poétiques avec le personnage joué par Gustave Kervern.

Le réalisateur Olivier Babinet qualifie son film de « mélancomique », et on comprend tout à fait où il veut en venir, grâce aussi à la très jolie bande originale composée par Jean-Benoît Dunckel. S’agissant du versant comique, Gustave Kervern est parfait en loser très attachant, mais il est bien aidé par une galerie de personnages secondaires réussis, comme la directrice du labo de Daniel (Ellen Dorrit Petersen) un rôle de femme cassante qui réserve de belles surprises, tout comme Bao (Okinawa Valérie Guerard), une amie de Daniel qui le pousse à utilise un site de rencontres, et qui travaille surtout avec des drones de sécurité terrifiants qui renforcent aussi le propos politique très actuel du film.

India Hair, une « révélation » connue depuis dix ans déjà

Si le personnage principal de POISSONSEXE est joué par Gustave Kervern, l’arme secrète du film d’Olivier Babinet est incontestablement India Hair. L’actrice française apporte au personnage de Lucie une dimension émouvante – liée notamment à un trauma qu’on ne spoile pas –, et sa complicité avec Gustave Kervern mais aussi Alexis Manenti (son patron qui la drague lourdement) enrichit merveilleusement le film. L’Académie des César ne s’y est pas trompée, en la nommant cette année dans la catégorie Meilleur espoir féminin. India Hair est pourtant loin d’être une débutante dans le milieu, dans la mesure où elle a déjà derrière elle une décennie de carrière et des dizaines de rôles avec la fine fleur du cinéma indépendant français. Après avoir commencé en donnant la réplique à Jean-Pierre Bacri dans AVANT L’AUBE (Raphaël Jacoulot, 2011), elle se révèle véritablement aux yeux du grand public dans le déjà culte CAMILLE REDOUBLE (Noémie Lvovsky, 2012), où elle incarne l’une des trois copines géniales de l’héroïne du film. Résultat, elle est déjà nommée à l’époque aux César 2013 dans la catégorie Meilleur espoir féminin.

Dans la foulée, elle tourne avec Vincent Lacoste dans JACKY AU ROYAUME DES FILLES (Riad Sattouf, 2014), et se forge jusqu'à aujourd'hui une filmographie solide alors qu’elle vient juste de passer le cap de la trentaine. On devrait d’ailleurs la retrouver cette année dans de multiples projets : le premier long-métrage de Sandrine Kiberlain, UNE JEUNE FILLE QUI VA BIEN, LE TRÉSOR DU PETIT NICOLAS (Julien Rappeneau), SENTINELLE SUD (Mathieu Gerault), sans oublier la mini-série Arte LES HAUTES HERBES (Jérôme Bonnell) et surtout MANDIBULES, le prochain film très attendu de Quentin Dupieux, un cinéaste dont on retrouve d’ailleurs l’influence dans l’humour barré de POISSONSEXE. Bref, India Hair a déjà largement passé le stade de la révélation, et on attend avec impatience de voir où va nous mener la suite de sa carrière – pourquoi pas à l’international ?

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