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RAYA ET LE DERNIER DRAGON : une héroïne moderne qui ringardise ses aînées

Posté par Alexis Lebrun le 9 juin 2021
Alors qu’il devait initialement être programmé dans les salles de cinéma, le dernier long-métrage d’animation de la firme aux grandes oreilles débarque finalement sur Disney+. Quoi qu’il en soit, RAYA ET LE DERNIER DRAGON est un film d’aventure épique qui réunit les ingrédients pour séduire les petits comme les grands, mais qui surprend aussi par l’audace de certains de ses choix, tout en illustrant le chemin parcouru par les héroïnes de Disney ces dernières années.
Le genre post-apocalyptique vu par Disney

C’est la première surprise du film réalisé par Don Hall et Carlos López Estrada. Le scénario de RAYA ET LE DERNIER DRAGON s’ouvre sur une catastrophe très sombre – au sens propre – puisque le royaume fictif prospère et harmonieux de Kumandra est plongé dans l’obscurité par une force mystérieuse (imaginez le monstre de fumée noire de la série LOST, mais en violet), qui oblige tous les dragons du coin (sauf un) à se sacrifier pour éviter à tous les humains de finir transformés en statues de pierre. Evidemment, la population se divise en plusieurs tribus qui ne peuvent pas s’empêcher de lorgner la pierre magique assemblée à partir de la puissance des dragons pour repousser ce mal abstrait (nommé Druun), et une catastrophe a lieu. La pierre est brisée lors d’une embrouille entre tribus qui tentent de s’en emparer, et si chacune repart avec un morceau, une bonne partie de l’humanité est changée en pierre à cause du retour du Druun.

C’est le cas du père de l’héroïne, Raya, une guerrière solitaire et intrépide qui se met alors en tête de retrouver le dernier dragon vivant pour reconstituer la pierre et sauver le monde. Problème : si Raya maîtrise le combat au corps-à-corps comme Charlize Theron dans MAD MAX: FURY ROAD (2015) – dont l’univers post-apocalyptique désertique évoque aussi le film de Disney –, la dragonne sur qui elle tombe (Sisu) est plutôt du genre mignonne, bavarde et gaffeuse, que surpuissante et effrayante. En compagnie de Tuk Tuk, une adorable créature imaginaire qui ressemble à un tatou et se roule en boule pour permettre à Raya de parcourir de grandes distances, ce trio improbable fait équipe pour ce voyage initiatique et se rend chez les différentes tribus hostiles, où vont s'ajouter de nouveaux aventuriers tous plus touchants les uns que les autres.

Un hommage à l’Asie du Sud-Est

Bien sûr, le royaume de Kumandra – et ses cinq zones très contrastées – où prend place le film est ouvertement inspiré des cultures et légendes des pays de l’Asie du Sud-Est comme la Thaïlande, le Cambodge ou le Vietnam. L’équipe de production a pris soin de se rendre dans la plupart des pays de la région avant la phase d’animation pour y faire des recherches, et les réalisateurs ont pu s’appuyer sur un « Southeast Asia Story Trust », une équipe d’experts spécialistes de ces cultures. Et si RAYA ET LE DERNIER DRAGON n’a pas échappé à d’inévitables critiques sur ses choix en matière de représentation, son casting vocal original se distingue car tout le monde y est d’origine asiatique. On retrouve notamment la très talentueuse Awkwafina, qui prête sa voix au dragon Sisu, dont l’apparence humaine est aussi inspirée des traits de l’artiste récompensée l’an dernier aux Golden Globes pour le très touchant long-métrage L’ADIEU (Lulu Wang, 2020).

Pas moins douée, Kelly Marie Tran est parfaite pour le rôle de Raya, et elle fait son retour chez Disney après le harcèlement raciste et sexiste infâme dont elle a été victime pour son rôle dans la nouvelle trilogie STAR WARS (2015-19). Namaari, la rivale de Raya, est elle doublée par Gemma Chan (Minn-Erva dans CAPTAIN MARVEL en 2019), et on retrouve un autre acteur de Marvel Studios dans le film, puisque Benedict Wong (Wong dans DOCTOR STRANGE en 2016 et les AVENGERS depuis 2018) joue un guerrier qui déjoue les codes de la masculinité. Enfin, Benja (le père de Raya) est doublé par l’incontournable Daniel Dae Kim (LOST, ANGEL…), un acteur très engagé contre le racisme anti-asiatique qui redouble de gravité aux Etats-Unis depuis le début de la crise sanitaire, tandis que les fans de la série KILLING EVE (CANAL+) reconnaîtront la voix de la géniale Sandra Oh dans la peau de Virana, la mère de Namaari qui est aussi la cheffe très classe de l’une des tribus du film. Rappelons qu’en français, on retrouve notamment Géraldine Nakache (Sisu), Anggun (Virana) et Frédéric Chau (Benja) au doublage.

La métamorphose des héroïnes de Disney

C’est vrai, les femmes guerrières qui bottent des fesses n’ont pas attendu 2021 pour avoir des rôles principaux dans des films de Disney. RAYA ET LE DERNIER DRAGON rappelle ainsi inévitablement le pionnier MULAN sorti en 1998 déjà, et qui est devenu une telle référence au fil des années qu’il a eu droit à son remake en prises de vues réelles l’an dernier, réalisé par Niki Caro et sorti lui aussi sur Disney+ au mois de décembre. On pense aussi au très réussi VAIANA : LA LÉGENDE DU BOUT DU MONDE (2016), avec son héroïne polynésienne têtue qui détonnait par rapport aux princesses passives de Disney.

Mais le mouvement avait déjà été poursuivi quelques années plus tôt par Anna et Elsa dans le célèbre LA REINE DES NEIGES (2013), qui n’en finit pas de passionner ses fans, ces derniers imaginant les théories les plus folles sur les deux héroïnes libérées et délivrées du carcan de la demoiselle en détresse à la recherche du prince charmant. Et en matière de princesse, on peut bien sûr remonter à RAIPONCE (2010) et au Pixar REBELLE (2012) pour trouver les premiers signes forts de l’évolution de cet archétype chez Disney, tandis que ZOOTOPIE (2016) a aussi proposé une héroïne lapine incroyablement rafraîchissante et en phase avec notre époque.

Mais alors comment Raya réussit-elle à se distinguer ? D’abord, c’est une guerrière humaine faillible, et qui ne peut pas compter sur les superpouvoirs de la désormais traditionnelle « femme forte » à la Marvel. Notre héroïne fait des erreurs, et elle apprend de ces dernières au fil de son voyage initiatique, dont le but n’est pas de devenir une reine ou de trouver le grand amour. Non, Raya veut simplement redonner vie à son père et à son rêve de voir le royaume de Kumandra réuni, et elle doit apprendre à faire confiance et à pardonner, conditions indispensables à la réunification des différentes tribus. Pour autant, Raya est quand même une sacrée badass, et le scénario du film comme son personnage d’aventurière solitaire maître du combat et des vieilles reliques rappellent aussi inévitablement une certaine Lara Croft, voire son collègue masculin Indiana Jones…

Son caractère très méfiant forgé par la catastrophe du début du film tranche aussi avec la douceur ainsi que l’optimisme rêveur et naïf de beaucoup de princesses de Disney, qui s’imaginent de grands destins forgés par d’autres. Au contraire, Raya prend son destin et celui du monde en main (elle n’a pas le choix), et en ce sens, elle est aussi à l’opposée de la passivité de ses aînées en quête du prince charmant qui leur offrira une vie meilleure. Il est également notable que son adversaire principale (Namaari) est aussi une femme dont le personnage évolue de façon déterminante pour l’intrigue, et Internet fourmille déjà de théories sur une possible romance entre les deux héroïnes… S’agissant des personnages masculins, du père de Raya au guerrier Tong en passant par le jeune Boun, aucun d’entre eux n’obéit aux figures imposées de la représentation du héros traditionnel de Disney, et cela fait du bien.

On en oublierait presque que RAYA ET LE DERNIER DRAGON est enfin et surtout un film techniquement bluffant et qui offre à nos yeux des univers visuels d’une beauté et d’une richesse renversantes. On peut en dire autant de l’animation des combats, superbement chorégraphiés et réalisés, qui rendent un hommage explicite aux grandes heures du cinéma de kung-fu hongkongais. Bien écrits, les dialogues comiques entre Sisu et Raya n’auront aucun mal à convaincre les adultes comme les enfants, et si la ribambelle de personnages mignons séduira surtout les enfants, la conclusion très émouvante de l'intrigue devrait mettre tout le monde d’accord, bien aidée par une musique épique comme Disney en a le secret, et qui met avantageusement en valeur le message d’espoir du film face aux menaces bien réelles qui pèsent sur la planète.

Le film RAYA ET LE DERNIER DRAGON est disponible sur Disney+, avec CANAL+

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