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SORRY WE MISSED YOU : une démonstration implacable contre l'uberisation

Posté par Cinéma Canal le 19 octobre 2020
L'uberisation de la société, ça vous parle ? Commander, commander, commander, toujours plus : des téléphones, des vêtements, des meubles, des taxis, le dîner du soir parce qu'on a la flemme, le déjeuner du midi parce qu'on n'a pas le temps. Soyons honnêtes : on le fait tous. Mais après avoir vu le dernier Ken Loach, on se dit qu'on va peut-être devoir se calmer un peu. Pourquoi ? Parce que le réalisateur multi-primé nous démontre par a + b que cette uberisation a des conséquences sociales d'une violence inouïe. Et si on le savait déjà, son film, d'une maîtrise tout à fait exemplaire, nous le rappelle, et plutôt deux fois qu'une.

Le réalisateur suit une petite famille anglaise. Abby est aide à domicile pour les personnes âgées, Ricky enchaîne les petits boulots, ils aimeraient être propriétaires, ils ont deux enfants, qu'ils aiment plus que tout, à qui ils aimeraient offrir une vie meilleure. Alors, les sirènes d'une société de livraison 2.0 interviennent. Et leur chant est tellement séduisant de prime abord, qu'ils vendent leur voiture pour que notre père de famille puisse s'acheter le camion nécessaire à son nouvel emploi. Tant pis, Abby ira aider ses petits vieux en bus, quitte à tripler ses temps de trajet. 

Et dès le départ, dès son entretien d'embauche, le décor est posé : "Tu ne viens pas travailler chez nous, tu embarques avec nous." "Tu ne travailles pas pour nous, mais avec nous." "Tu n'es pas chauffeur, tu es prestataire de service." lui dit celui qui sera son futur boss. La novlangue de l'époque est là, mais qu'importe : Ricky est déterminé. Au départ, il est employé modèle. Il résiste à tout. Même au fait qu'il n'a pas le temps pour aller aux toilettes : on lui donne une bouteille vide dans laquelle il urine entre deux colis. 

Mais la cadence imposée par l'employeur devient infernale. 6 jours de travail sur 7. Souvent plus de 12 heures par jours. Tant et si bien qu'il n'a pas le temps de voir que son fils, jeune ado, commence à sécher les cours. A voler. A devenir agressif. Ou plutôt, il a le temps de le voir, mais pas d'être présent pour lui. Comme il a le temps de voir que son couple bat de l'aile. Ils s'engueulent tellement avec Abby que leur petite fille fait pipi au lit de stress. Mais qu'importe : il faut aller travailler, pas le choix. Jusqu'à en devenir fou. Jusqu'à en devenir malade. Jusqu'à ne plus avoir toute sa tête. 

Si le film de Ken Loach est si réussi, c'est parce que le réalisateur ne fait pas dans la moralisation. Il nous montre simplement l'histoire d'une famille tout ce qu'il y a de plus lambda. Une famille qui pourrait ressembler à la nôtre. Et qui se délite. A cause d'un travail qui s'apparente de plus en plus à de l'esclavage. Le grand maître du cinéma social anglais déroule simplement son fil. A nous de faire ce qu'on en veut. Alors non, ce n'est pas un de ces feel good movie dont on a besoin en ces temps troublés. Mais c'est un film nécessaire. Nécessaire pour comprendre que, quand on commande un repas par flemme sur une plateforme éminemment désirable, il y a peut-être une famille qui va plonger derrière. Ce qui, pour une énième pizza à la truffe un dimanche soir de déprime, est tout de même une conséquence un poil disproportionnée - euphémisme. 

Disponible sur CANAL+

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