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SUMMERLAND : Gemma Arterton et Gugu Mbatha-Raw, le couple lesbien dont on avait besoin

Posté par Alexis Lebrun le 23 août 2021
Pour son premier long-métrage, la dramaturge engagée Jessica Swale réunit deux des actrices britanniques les plus douées de leur génération, avec qui elle avait déjà travaillé sur une de ses pièces de théâtre. Porteur d’un message éminemment politique, SUMMERLAND (2020) nous emporte avec sa romance lesbienne aussi belle que nécessaire dans le paysage encore très traditionnel des films historiques.
Lien maternel

C’est un épisode bien connu de la Seconde Guerre mondiale : pendant des mois, le Royaume-Uni et plus particulièrement la ville de Londres ont subi les bombardements intenses de l’aviation allemande. Le tristement célèbre « Blitz » a aussi engendré l’évacuation de millions d’habitants – notamment d’enfants – vers des zones épargnées. C’est le cas de Frank (Lucas Bond), un petit garçon qui débarque dans la jolie région côtière du Kent, où il doit être accueilli temporairement par quelqu’un. Cette personne, c’est Alice (Gemma Arterton), une écrivaine célibataire qui fuit les contacts sociaux. Dans le village où elle habite, sa situation de femme seule et nullipare fait jaser : on la qualifie de sorcière parce qu’elle a l’audace de préférer se consacrer à son travail, en solitaire. Quand la jeune femme voit donc débarquer le gamin dont elle est chargée de s’occuper, elle tire sérieusement la gueule, car les enfants ne sont pas du tout sa tasse de thé, et elle craint d’être perturbée dans son travail.
Mais elle a beau résister, le garçon est attendrissant, et rapidement, un lien se tisse entre les deux personnages. Au même moment, Alice se remémore des souvenirs de Vera (Gugu Mbatha-Raw), l’amante avec qui elle a vécu une relation amoureuse intense mais à la conclusion bien triste. Déterminée à devenir mère, Vera a en effet quitté Alice pour avoir un enfant avec un homme, ce qui explique sans doute une bonne partie de l’hostilité de notre écrivaine envers son prochain. Femme au cœur brisée, Alice va peut-être pouvoir remonter la pente à l’aide de Frank, avant un retournement final qui laisse sans voix.

Si la relation entre Alice et Vera n’occupe pas l’essentiel de SUMMERLAND, elle est pourtant le cœur battant du film, en raison de l’alchimie entre Gemma Arterton et Gugu Mbatha-Raw, qui illuminent les différents flashbacks où elles apparaissent ensemble. Jessica Swale filme les deux actrices avec un vrai regard de réalisatrice sur cette histoire d’amour lesbienne, tissée à une époque où l’homosexualité féminine est totalement taboue, sans parler du fait que l’une des deux femmes est noire.

Gemma Arterton, une trajectoire singulière

Tout cela est mis en scène de façon parfaitement naturelle, et permet à SUMMERLAND de faire souffler un vent nouveau sur un genre – le film historique – où les histoires positives qui mettent en scène des minorités invisibilisées sont encore rares. Pour mener à bien ce premier long-métrage, la dramaturge britannique Jessica Swale a fait appel à deux actrices qu’elle connaît bien, puisqu’elles ont toutes les deux joué le rôle de Nell Gwynn dans sa pièce de théâtre éponyme sur la célèbre maîtresse du roi Charles II. Gemma Arterton a aussi une certaine expérience des thèmes abordés par SUMMERLAND, puisqu’elle a déjà brillé dans le premier rôle d’un très bon film d’époque qui prend place pendant le Blitz, UNE BELLE RENCONTRE (Lone Scherfig, 2016). Plus récemment, elle a aussi été remarquée dans un autre long-métrage lesbien, le biopic VITA & VIRGINIA (Chanya Button, 2019), où elle incarne l’écrivaine Vita Sackville-West, amante de Virginia Woolf (jouée par l’excellente Elizabeth Debicki).

Tous ces films indépendants européens illustrent à merveille le tournant pris par la carrière de l’actrice britannique Gemma Arterton, révélée aux yeux du monde en James Bond girl dans QUANTUM OF SOLACE (Marc Forster, 2008), et qui est passée de blockbusters souvent moyens à des projets plus confidentiels et aussi nettement plus intéressants. On a même pu la retrouver dans plusieurs films français, puisque depuis le tournage de GEMMA BOVERY (Anne Fontaine, 2014) aux côtés de Fabrice Luchini, elle parle parfaitement notre langue. Après avoir côtoyé Adèle Haenel et Adèle Exarchopoulos dans ORPHELINE (Arnaud des Pallières, 2016), on a en effet pu la retrouver en 2021 dans le dernier long-métrage de Julie Delpy, MY ZOE (tourné en 2019). Engagée dans les mouvements #MeToo et Time’s Up, Gemma Arterton est aussi celle à qui l’on doit l’idée du court-métrage LEADING LADY PARTS (2018), qu’elle produit et où elle apparaît avec une ribambelle d’actrices mondialement célèbres pour dénoncer le sexisme et le racisme des castings. Un court-métrage signé… Jessica Swale, la réalisatrice de SUMMERLAND.

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