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THE CAKEMAKER, l’amour, c’est bon comme un cupcake

Posté par Marc Larcher le 6 septembre 2021
Un plan à trois au-delà de la mort

Il faudra un jour se pencher sur l’histoire d’amour liant les réalisateurs aux boulangers et aux pâtissiers. Depuis LA FEMME DU BOULANGER de Marcel Pagnol (1938) où l’on découvrait un Raimu dans le pétrin depuis le départ de son épouse,  LA BOULANGERE DE MONCEAU  d’Eric Rohmer (1962) dans lequel un étudiant flirtait avec la vendeuse de sa boutique préférée ou encore  GEMMA BOVERY d’Anne Fontaine qui mettait en scène Fabrice Lucchini en néoboulanger qui s’installe en Normandie tombant raide dingue de Gemma Arterton. Sans parler de la sensualité de Valeria Bruni Tedeschi quand elle pétrit le pain dans  NENETTE ET BONI de Claire Denis (1996) au point de rendre fou Grégoire Colin. Bref, on ne compte plus les films qui, au sens propre, plongent le spectateur dans la farine. Cette fois-ci, THE CAKEMAKER (2017) pousse le bouchon encore plus loin : la pâtisserie ne sert pas de transmission symbolique dans une mais dans deux histoires d’amour. Le scénario du film de Ofir Raul Graizier est en effet particulièrement redoutable. L’histoire commence avec Thomas un jeune pâtissier allemand qui a une liaison avec Oren, un homme marié israélien. Oren voyage régulièrement à Berlin jusqu’à ce qu’il meurt un an après leur rencontre dans un accident de voiture. Thomas décide alors de se rendre à Jérusalem. Sans révéler son identité, il rencontre Anat, la veuve de son amant, qui tient un café. Elle a besoin de biscuits et malgré les risques de révélation du secret qui le lie au défunt, il décide de travailler pour elle. Le spectateur est alors saisi d’une question troublante : quelle relation peut naître entre deux êtres qui ont aimé le même homme ?

Dix-neuf récompenses dans les festivals

Ainsi, comme dans la première histoire, c’est bien le travail en cuisine, l’importance des saveurs, du savoir-faire, du plaisir de partager qui pourrait lier ces deux êtres endeuillés en train de se découvrir. Pour un premier film, le réalisateur est particulièrement téméraire puisqu’il ajoute une autre dimension au récit, plus politique que poétique. Thomas est en effet un Allemand goy tandis qu’Anat est israélienne. S’il travaille pour la veuve, celle-ci perdra la certification casher de son établissement. Entre eux, c’est donc le souffle de la grande Histoire et le souvenir de la Shoah qui passent également. La mémoire, sous toutes ses formes, celle de l’être aimé, celle d’une nation et celle des recettes de Thomas passant d’un pays à l’autre avec leur lot de métamorphoses, hante ce long-métrage. La profession a salué une telle audace puisque le film a triomphé un peu partout. Une quarantaine de sélections dans les festivals à travers le monde pour dix-neuf récompenses et une standing-ovation de dix minutes après sa projection au Karlovy Vary Film Festival. L’affaire avait pourtant mal commencé : le projet a essuyé dix-neuf refus de financement avant de commencer avec un budget de 90 000 $ pour vingt jours de tournage. Là où ces difficultés se sont peut-être finalement transformés en avantage pour Ofir Raul Graizier c’est que cette histoire on ne peut plus romanesque fonctionne d’autant mieux qu’elle est interprétée par des acteurs méconnus comme Zohar Strauss ou Sarah Adler tout juste aperçue chez Godard et Sofia Coppola. L’amour fou, l’amour interdit, l’amour qui transcende les frontières et les religions, on y croit encore plus quand il éclaire des visages nouveaux.

 

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