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À Cannes, des années 1940 à 1970, un festival de la diplomatie

À regarder les Palmes d’or du Festival de Cannes de ces dernières décennies, récompensant souvent des films aussi forts que féroces, on ne pourrait pas imaginer que les débuts du Festival étaient tout autres.

De Parasite, de Bong Joon-ho (Corée du Sud, 2019), à 4 mois, 3 semaines, 2 jours de Cristian Mungiu (Roumanie, 2007), pour n’en citer que deux, ces longs métrages abordent frontalement les problèmes de leur pays respectif. Ce qui n’aurait certainement pas été possible quelques décennies auparavant sur la Croisette.

Le documentaire Festival de Cannes, une affaire d’État(s), de Pierre Pochart, nous replonge dans les coulisses de la création du festival. Qui n’est pas né en 1946, date de la première édition, mais avant la guerre, sous l’impulsion de Philippe Erlanger (directeur de l'Association française d'action artistique), en réaction à la Mostra de Venise, sous l’influence de Mussolini, nous explique le documentaire.

Et une fois celle-ci terminée, il a bien fallu réconcilier tout le monde. C’est ainsi que le Festival de Cannes naît, dans la bonne humeur, les mondanités et les chars à fleurs. Ce qui permet, au passage, de mettre la France en valeur aux yeux du reste du monde.

« C’est l’un des véhicules les plus importants qui existent pour la diffusion du génie français », dit un des historiens interrogés dans le documentaire. Un « génie français » qui ne sélectionne pas les films présentés : au début, les différents pays participants ont eux-mêmes le soin de les choisir. Et gare à ne froisser personne : il ne faut surtout pas porter atteinte au « sentiment national » des uns et des autres, dit le règlement.

Ainsi, au fil des ans, de nombreuses œuvres seront censurées, plus ou moins discrètement. Le documentaire revient, avec l’éclairage d’historiens du cinéma, sur des décennies de petits arrangements et compromissions, sur fond de ballets diplomatiques et guerre froide.

Côté français, on plébiscite les films qui mettent le pays en valeur, et on boycotte les autres. Jeux interdits (René Clément, 1952), qui met en scène l’exode de 1940, est ainsi présenté hors compétition. Trop sinistre…

Alain Resnais, lui aussi, souffrira plusieurs fois de la censure, par exemple avec son documentaire Nuit et brouillard (1956), peu compatible avec « l’esprit festif » de la manifestation, dit-on.

Guerre d’Algérie, appropriation des œuvres d’art africain, Hiroshima… Il y a des sujets qu’il vaut mieux éviter à Cannes, ou traiter d’une certaine façon. Au grand dam des cinéastes, qui se désolent de cette censure.

Heureusement, ils finiront par conquérir leur liberté, nous explique le documentaire. Un changement qui accompagne le mouvement général de libération de la jeunesse française, après 1968.

En 1968 justement, le festival fut chahuté par des contestataires (sur la photo de couverture, Jean-Luc Godard, François Truffaut, Jean-Pierre Léaud, Louis Malle, Claude Berri). Dès lors, Cannes ne sera plus jamais le même… et c’est tant mieux.

Festival de Cannes, une affaire d’État(s), Documentaire, 52 minutes, en ce moment sur CINÉ+ CLASSIC.