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À la poursuite des tornades, la passion de Reed Timmer

Météorologue et chasseur de tempêtes, Reed Timmer a recensé plus de 700 de ces phénomènes en 25 ans. En 2020, alors bloqués aux Etats-Unis, Reed et son ami Mike sillonnent la Tornado Alley et partent au cœur de la tornade afin d'y déployer des outils scientifiques destinés à recueillir des données essentielles à une meilleure compréhension de cette catégorie inédite de tempêtes meurtrières.

Qu’est-ce qui vous a poussé à traquer les tempêtes et les orages ? 

J’ai commencé à m’intéresser aux tempêtes dès le plus jeune âge. J’étais, en fait, terrifié par les orages quand j’étais très jeune. Ensuite, ma peur s’est transformée en une intense curiosité et en passion. Comprendre les tornades, comprendre les ouragans… Depuis que j’ai obtenu mon permis de conduire, à l’âge de 16 ans, je n’ai jamais arrêté de traquer les tempêtes. J’ai vu plus de 700 tornades, 40 cyclones et 30 ouragans. 

Vous avez poursuivi des études en ce sens ?  

J’étais à l’Université d’Oklahoma pour étudier la météorologie, et, finalement, j’y suis resté 17 ans. J’ai obtenu un doctorat de météorologie en 2015.  

Avez-vous une voiture spécifique pour pouvoir traquer les tempêtes ?  

Oui nous avons construit la « Dominator ». Ce sont des véhicules de type tanks qui sont évidemment aérodynamiques et qui possèdent des moteurs hydrauliques de manière à pouvoir abaisser la voiture au ras du sol afin qu’aucun vent ne puisse passer au-dessous.  

Comment vous traquez et mesurez les tornades et les tempêtes ? Comment déterminez-vous leur force ? 

Nous utilisons des ordinateurs de prédictions pour prévoir les composants de la tornade. Par exemple, là tout de suite, je suis en train d’analyser l’ordinateur de prédictions pour la chaleur et l’humidité, qui influent sur les changements de direction du vent, phénomènes qui causent justement ces tempêtes. 
On utilise ce type d’ordinateurs pour déterminer là où nous devons aller, puis nous commençons à regarder et nous assistons au déploiement de la tempête juste devant nous. 

Quelle a été l’information la plus importante que vous ayez découvert durant toutes ces années ?  

L’information la plus importante que nous ayons récoltée, c'est lorsque nous avons lancé une roquette dans une tornade en 2019, dans l’est du Kansas (USA). Nous avions des capteurs traçables qui pouvaient capter des données à l’intérieur de la tornade. Finalement, nous avons enregistré les trois dimensions de la structure de cette tornade, ce qui était inédit !

Comment partagez-vous toutes les informations que vous collectez ? 

Toutes les données que nous récoltons à l’intérieur des tornades sont publiées dans des articles et nous les publions en temps réel via nos réseaux sociaux. Notre but est de rendre ces données disponibles pour toute personne qui voudrait mieux comprendre la composition des tornades et des ouragans. 

Où se trouvait la plus grosse tornade que vous ayez vu ? 

La plus grosse tornade que j’ai vue, c’était dans l’Oklahoma en 2013. Cette tornade était de plus de 2,5 km de large. Elle était composée de plusieurs tornades. Le vent était tellement fort que nous avons été coincés à l’intérieur du véhicule, après que le capot du véhicule a été arraché.  

Quand ces phénomènes arrivent, avez-vous peur pour votre vie ou pour votre équipe ? Vous avez des anecdotes à ce sujet ? 

Je n’ai jamais vraiment eu peur pour ma vie ou celle de mon équipe quand nous traquions les tempêtes. Nous faisons ça depuis longtemps et nous savons comment éviter un désastre. Cependant, les tornades et les ouragans peuvent être très dangereux et il suffit d’une seule erreur pour que ce soit la catastrophe, mais nous avons confiance en nos véhicules. 

Pour l’anecdote, une fois en 2017, au Texas, je suivais une énorme tornade et mon véhicule s’est retrouvé coincé dans un fossé. J’ai presque dû l’abandonner et courir pour me sauver… C’était un remake du film Twister mais dans la vraie vie ! 

Dans le futur, allez-vous voyager pour chasser les tornades ?  

Oui. Il y a tout juste 10 ans nous avons intercepté une tornade juste au nord de Santa Rosa en Argentine. Nous avons aussi chassé des ouragans, des typhons en Asie du Sud-Est mais avec le Coronavirus nous sommes restés focus sur les tornades et les ouragans aux États-Unis. Mais on espère que la pandémie prendra fin et que nous pourrons recommencer à chasser des typhons en Asie du Sud-Est, des tornades en Amérique du Sud. Et quelques-unes des tornades les plus larges du monde s’avèrent voir le jour au Bengladesh.  

Qu’est-ce que vous diriez aux gens pour leur donner envie de regarder votre série documentaire ?  

Nous y chassons des tornades, les deux premiers épisodes ont lieu pendant la saison des tornades en 2020 et nous y chassons d’énormes tempêtes. Je pense que ça montre les effets du changement climatique. Cela montre que ces phénomènes naturels (tempêtes, tornades, ouragans, typhons) s’intensifient à cause du réchauffement climatique. 

Pour vous, il y a donc un lien entre le changement climatique et l’augmentation de ces phénomènes ? 

Oui, j’ai vu du changement durant ces 25 années de carrière. Je l’ai évidemment constaté plus spécialement avec les ouragans et les typhons aux États-Unis.  
Ils sont plus nombreux, les cyclones tropicaux sont plus puissants. Il semble également que les tornades sortent de plus en plus de la Tornado Alley à cause du changement climatique. Mais ça nous fera plus de travail ! (rires). 

À la poursuite des tornades, une série documentaire de National Geographic à découvrir dès maintenant sur myCANAL