Attention OVNI ! Moby sort un doc sur sa vie

Posté par Marc Larcher le 28 février 2022
Alcoolisme, addictions, célébrité… Moby se met vraiment à nu dans un doc qui mélange confessions, films d’animations et théâtre de marionnettes. Un film qui ne ressemble à aucun autre doc musical.
Un doc fou sur une vie de fou

Dans un monde de documentaires hagiographiques sur et par les stars, Moby, un des artistes de musique électronique les plus populaires au monde, a décidé de prendre le contre-pied de la mode et de parler de lui en toute franchise. « Moby doc » est ainsi à la fois autant un film qu’un making off sur le documentaire lui-même. « Mais pourquoi donc je voudrais faire un doc sur moi ? » demande-il au spectateur d’entrée. Il se demande aussi s’il y a suffisamment de matière. A l’évidence, du punk qui vivait seul dans une usine désaffectée à la star mondiale amie de David Bowie, reçue par le Dali Lama, la matière est bien là.

Les traumas indélébiles de l’enfance

Convenant qu’il a « une vie étrange », le musicien choisit de donner une forme étrange au document. Figurines incarnant ses parents, dessins et films d’animation racontant certains passages de sa vie, scénettes montrant ses amis déguisés en train de rejouer des moments clefs, intervention d’une femme qui joue sa psy, différentes textures de pellicules, bruitage, extraits de concerts venant se fracasser contre la narration… Moby fait la démonstration qu’il ne vient pas du mouvement punk pour rien. Surtout, il n’omet aucun des drames de sa vie. L’absence de sa mère qui l’a eu trop jeune, la mort de son père alcoolique, les heures passées seul dans un appartement en sous-sol à Harlem avec des animaux – « j’ai appris très vite une chose : les animaux sont bons et les hommes effrayants »… Pendant son enfance, il accumule les traumas jusqu’à ce qu’il déménage dans le Connecticut où il devient le seul pauvre d’une ville très riche. Plus tard, le punk rock le sauve parfois de la dépression comme le train qui le mènera à New York où il va faire connaître la musique qu’il compose sur un clavier Casio dans une usine désaffectée où il vit sans eau ni chauffage et où trois personnes seront tuées. De temps en temps, David Lynch intervient à l’écran pour saluer son travail et expliquer que de toute cette douleur accumulée, il va sortir de l’or.

Après le succès et les excès, la paix retrouvée

Ce sera avec le hit « Go » en 1990 puis avec l’album « Play » en 1999 qui va littréalement conquérir le monde et changer l’histoire de la musique électronique. Le film restitue très bien sa vie en forme de montagnes russes, alternant les phases de succès, de défonce puis les chutes et la dépression. Toute sa vie, qu’il soit célèbre ou non, Moby va lutter contre la drogue et l’alcool. Comme s’il ne s’était jamais remis d’être passé quasiment du jour au lendemain de musicien underground à star mondiale. Il raconte tout et ne s’épargne pas : ses addictions, son trip à l’acide qui l’a bloqué pendant six mois, la fois où il s’est réveillé dans son tour bus couvert de merde, le jour où il n’a pu aller à l’enterrement de sa mère car il était trop défoncé, comment la célébrité l’a rendu idiot et égoïste – « j’ai mené le cliché de la vie dégénérée d’une rock star », la fois où il a tenté de se suicider du haut d’un hôtel de Barcelone avant de recevoir un MTV Award, les critiques qui ont vu en lui « la fin de la musique »… Tout y est ou presque. La seconde partie du film est plus calme, elle correspond à son départ de New York pour Los Angeles. On le retrouve sobre depuis 2008, plus posé, conscient de ses fragilités, défendant la cause animale et l’environnement et composant des musiques électroniques sophistiquées dans une sublime villa. Après des années d’errance, il a enfin découvert l’humilité. En paix avec lui-même, il se demande encore étonné : « pourquoi tu as cru à la gloire ? » Peut-être parce que ça fait une belle histoire à raconter.