Au cas où vous en doutiez, oui sœur Emmanuelle a toujours été rebelle

Elle a rejoint les ordres sans jamais rentrer dans le rang.
Sœur Emmanuelle n’était pas une religieuse comme les autres, comme le raconte sa plus fidèle collaboratrice, sœur Sarah, qui l’a épaulée à partir de 1976, dans l’épisode de la série documentaire À droite sur la photo qui leur est consacré,

Née Madeleine Cinquin dans une famille aisée à Bruxelles, celle que rien ne prédisposait à prononcer ses vœux (sa mère tentera même de l’en dissuader) avait 23 ans quand elle a pris sa décision.

Devenue sœur, la jeune Franco-Belge ne renonce pas pour autant à son éducation. Dans les années 1950, elle obtient une licence de lettres à la Sorbonne (pas banal, pour une religieuse), puis dispense son savoir à des jeunes filles de bonne famille en Tunisie. Cela la déprime : ce qui l’intéresse, c’est d’aider les moins favorisés. Ce qu'elle va faire.

À 63 ans, elle s’installe carrément dans un des bidonvilles les plus pauvres du Caire, avec les biffins. Dans des conditions de vie innommables, nous raconte sœur Sarah. Sœur Emmanuelle y garde son style provocateur : « Nous sommes de la poubelle, nous restons dans la poubelle. »

« Elle n’était rebutée par rien » se souvient Bernard Kouchner, qui a travaillé main dans la main avec elle.

Plus on tente de lui mettre dans bâtons dans les roues, plus sœur Emmanuelle est déterminée. Animée d’un feu sacré, toujours prête à lutter contre l’inertie, elle se démène, infatigable.

Sans prendre de pincettes, comme le raconte Jean Sage : arrivé dans le bidonville en 1974 pour aider sœur Emmanuelle, ce géographe a distribué des bonbons aux enfants, avant de se faire sévèrement enguirlander : « J’essaie d’en faire des hommes depuis des années, et toi, en cinq minutes, tu les transformes en mendiants. » 

Iconoclaste, caustique et parfois colérique, sœur Emmanuelle était aussi rebelle dans sa vie privée. Dans ses mémoires posthumes, elle aborde sans tabou des sujets défendus, comme le désir et sa sexualité.

Et restera frondeuse, jusqu’au bout : pour qu’elle retourne finir ses jours en France, il a fallu que sa congrégation l’y oblige. À 85 ans, elle refusait de quitter l’Égypte…

Elle mourra en 2008, à 99 ans. Un esprit contestataire qui ne l’a pas empêchée d’avoir tous les honneurs. Et peut-être un jour, la béatification ?

Série documentaire À droite sur la photo, en ce moment sur PLANÈTE+.