Buried, un docu-série passionnant sur la mémoire traumatique refoulée

Posté par Alexis Lebrun le 13 mars 2022
Produite avec les moyens et le savoir-faire de la chaîne américaine Showtime, cette série documentaire en quatre épisodes revient sur une affaire criminelle associée à une théorie psy très controversée.
Un cold case vieux de vingt ans

Au cœur de Buried : la mémoire enterrée, il y a d’abord une victime, Susan Nason, une petite fille kidnappée, violée et assassinée en 1969 près de San Francisco. Pendant deux décennies, cette affaire n’a jamais été élucidée. Mais en 1989, la police reçoit un coup de téléphone pour le moins retentissant.

Un homme qui se présente comme le mari de la meilleure amie de Susan Nason affirme que sa femme a assisté au meurtre en 1969, et que le tueur est son père, un certain George Franklin. Immédiatement, une question se pose. Pourquoi Eileen Franklin a-t-elle attendu vingt ans pour témoigner contre son paternel ?

Un traumatisme enfoui

Un concept émerge alors, qui va faire florès pendant les années 1990 : celui de mémoire traumatique refoulée. Grosso modo, Eileen ayant assisté très jeune à une scène incroyablement traumatisante, son cerveau aurait décidé de la protéger de l’horreur de ces souvenirs en les enfouissant dans sa mémoire.

Selon elle, ce n’est qu’en croisant un jour le regard de sa fille en train de jouer dans une posture particulière que tout lui serait revenu. Son témoignage indique qu’elle revoit son père écraser une pierre sur le crâne de Susan Nason, auparavant violée à l’intérieur de son van. Mais ce n’est pas tout.

Un procès à rebondissements

Lors du procès qui s’ensuit, Eileen Franklin se révèle une témoin particulièrement convaincante, car elle est capable de citer très précisément des éléments matériels de la scène du meurtre et de l’endroit où le corps a été retrouvé. Et c’est là que la série documentaire d’Ari Pines et Yotam Guendelman se montre très captivante, car elle regorge d’archives incroyables sur le procès de George Franklin, qui a été filmé. On y découvre un accusé avec un sérieux penchant pour des pratiques sexuelles déviantes voire prohibées, et qui a tout du coupable idéal, tandis que sa fille – qui ressemble étrangement à Julianne Moore – apparaît comme une jeune femme élégante,  sensible et claire dans ses propos.

Pour le jury, la cause semble entendue. Mais s’il y a quatre épisodes, c’est parce que cette affaire est plus compliquée et controversée que cela. Toute l’accusation repose en effet sur les souvenirs d’Eileen, mais constituent-ils une preuve suffisante pour condamner son père, avec qui on découvre qu’elle a eu elle-même maille à partir pendant sa jeunesse ? Au-delà de l’aspect thriller du true crime qui nous est raconté, Buried : la mémoire enterrée prend le temps d’expliquer les enjeux psychologiques et judiciaires d’une affaire qui a largement contribué à alimenter la fascination et la controverse autour de la théorie de la mémoire traumatique refoulée.

Buried : la mémoire enterrée, une série documentaire disponible le 13 mars sur CANAL+ Docs.