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Corinne Masiero hors-cadre, un portrait sensible de l’actrice engagée

Avec Corinne Masiero, pas de risque d’avoir affaire à une actrice hors-sol qui vous prend de haut. « Fais pas ta star », lui dit en plaisantant un fan, dans le documentaire Corinne Masiero hors-cadre, lors d’une séance de dédicaces nocturne et frisquette. « Si je faisais ma star, je ne serais pas dehors avec vous », répond-t-elle du tac au tac, avec son savoureux franc-parler.

Au contraire, la comédienne, qui vit toujours à Roubaix et va « toujours aux mêmes manifs » et a « toujours les mêmes combats », serait plutôt « hors-cadre », justement, comme on le voit dans le documentaire.

Celui-ci suit l’actrice engagée, qui figure parmi les préférées des Français, avec son rôle de l’excentrique Capitaine Marleau, dans sa vie au jour le jour. En train de répéter ses lignes de texte (et de les changer au fur et à mesure, car « il faut que ça sorte comme dans la vie »), ou sur les tournages.

Dans les festivals de cinéma, aussi, où elle évolue comme un poisson dans l’eau, introduisant ses amis avec un savant sens de la présentation : « Alors lui, c’est un bourrin qui faisait partie des intermittents dans le Nord… »

Et où, face au public, elle se montre toujours sincère (et drôle). Comme quand on lui demande, au cours d’une interview sur scène, de confirmer les informations de sa page Wikipédia : « Petite fille d’un immigré italien, yes, du côté de mon père. Du côté de ma mère, il était alcoolique. »

Mais on voit aussi la comédienne plus sérieuse, par exemple quand elle évoque ses premières amours, le théâtre (notamment de rue), avec le Collectif Organum.

« Dans le théâtre de rue, tu n’es protégé de rien, tout peut arriver », se souvient Corinne Masiero, qui s’est ensuite dirigée vers le petit et le grand écran, avant la consécration de Louise Wimmer de Cyril Mennegun, en 2012 (onze prix, dont le César du meilleur premier film).

Dans ce rôle écrit pour elle, elle se retrouve, à l’approche de la cinquantaine, à vivre dans sa voiture. Ce scénario ne pouvait que parler à l’actrice, qui a connu la rue et la violence. Ce dont elle parle sans tabou, au contraire : elle a fait de la lutte contre la pauvreté son cheval de bataille.

Un engagement qu’on retrouve dans sa filmographie, comme dans Les Invisibles de Louis-Julien Petit (2018), qui suit la lutte d’un centre d’accueil pour femmes SDF, et qui pose question à l’actrice, sans cesse dans le doute : « J’ai un peu honte d’être une sociale-traître. Soit je ne fais plus sociale-traître, soit je continue en mettant mes limites à moi. Ma notoriété peut aider pour des prises de parole. Ouais, c’est des problèmes de riches », dit-elle. Avant de repartir le poing levé. Comme toujours.

Corinne Masiero hors-cadre, Documentaire, 52 minutes, en ce moment sur CINÉ+.