EVEREST SANS OXYGENE, un doc immersif sur un exploit hallucinant

Posté par Marc Larcher le 24 avril 2022
Avec ce documentaire exceptionnel, on vit le tour de force de l’alpiniste danois Rasmus Kragh qui a réussi en 2019 l’ascension de l’Everest sans oxygène. Mais aussi les conséquences psychologiques et familiales d’une telle conquête.
A la conquête du plus haut sommet du monde

« Je suis dans ma tente de merde à presque 8000 mètres. Je n’ai pas fermé l’œil de la nuit. Pas une seule seconde. Je ne sens plus mes pieds depuis 24 heures… ». C’est un visage brûlé par le froid et perclus de fatigue qui lance ces phrases devant l’écran de son téléphone satellite. La tente dans laquelle l’alpiniste danois Rasmus Kragh est enfermé est secouée par de terribles bourrasques de vent et le plus dur n'a pas encore commencé. Vingt secondes du film d’une heure et vingt minutes se sont écoulées et le spectateur est déjà plongé dans l’enfer d’une ascension de l’Everest. Le sommet montagneux le plus haut sur Terre, le Graal de quiconque a tenté de grimper au-delà des habituels sommets alpins et une épreuve qui, malgré des semaines de présence sur place, des mois voire des années de préparation, reste exceptionnellement difficile et tue chaque année plusieurs grimpeurs.

L’entrée dans la « death zone »

Le documentaire de Jasper Ærø est consacré à l’exploit de Rasmus Kragh, un des rares alpinistes ayant réussi ces dernières années à gravir le sommet sans bouteille d’oxygène. On le voit donc dans un premier temps dans son pays natal se préparer comme un champion avant une compétition, deux ans avant l’ascension, mais aussi discuter avec sa famille, avec sa femme de l’impact de son investissement personnel sur leur vie. Sans spoiler quoi que ce soit, sa fiancée trouve qu’il consacre trop de temps et d’énergie à cet exploit. Sans parler du fait qu’elle va devoir supporter la sensation qu’il peut, une fois sur place, mourir à tout instant. Ainsi, on découvre le point de vue de chaque membre de sa famille qui s’exprime face à la caméra dans ce doc filmé à la fois comme un long-métrage pour la beauté des images dans l’Himalaya, comme un vlog parce que l’alpiniste passe son temps à se filmer et à parler face à caméra, et comme une émission de téléréalité lorsque les autres intervenants commentent son comportement. Au fur et à mesure, on découvre aussi comment l’alpiniste entre dans une croyance irrationnelle sur ses propres capacités et sur la mystique de l’Everest – « mastodonte de mort et de rêve » dit-il - qui lui permet finalement de réaliser l’impossible. C’est-à-dire non seulement monter la montagne elle-même au péril de sa vie mais aussi affronter les éléments, c’est-à-dire les vents du Gulf Stream soufflant à 280 km/heure et des températures pouvant atteindre -50 degrés. Tout se jouant dans la « death zone » à partir de 8000 mètres là où la moindre erreur est fatale : « C’est un peu comme si vous entriez dans un congélateur en respirant avec une paille et portant un costume de peluche géant et là vous devez marcher sur un tapis roulant incliné au maximum… », explique Rasmus Kragh non sans humour.

Après l’exploit, la dépression

Et là où le doc se distingue de ses concurrents, c’est qu’il examine ce qui se passe après l’exploit. Après avoir triomphé, l’alpiniste va en effet peu à peu sombrer dans une forme de dépression. Il a tant sacrifié pour cette ascension et tant fait sacrifier aux membres de son entourage que le reste de sa vie n’a plus le même goût. « J’ai perdu le contrôle de mes émotions et je veux comprendre qui je suis devenu », raconte-t-il, juste avant d’entamer des séances de thérapie chez un psychologue. Il doit notamment apprendre à oublier l’Everest qui avait presque remplacé son identité et découvrir le vrai Rasmus, derrière le sportif accompli, l’homme de tous les jours qui doit redonner un sens à sa vie. Soit, mine de rien, un autre exploit à accomplir.

Everest sans oxygène : L'ultime ascension, un documentaire disponible avec CANAL+