Invincible : le phénomène Arsène Wenger à la loupe

Posté par Marc Larcher le 23 janvier 2022
Avec ce documentaire, le légendaire coach du club d’Arsenal revient sur ses succès et son histoire d’amour avec l’Angleterre
Le Français qui a changé le foot anglais

Il fallait bien 1h30, la durée d’un long-métrage, pour rendre hommage à l’homme autant que pour décrypter le succès de l’entraîneur de football Arsène Wenger. Les réalisateurs Gabriel Clarke et Christian Jeanpierre ont pris leur temps et ont fait les choses en grand, et ça valait le coup. « Gamin, je pouvais pas envisager un seul jour de ma vie sans jouer au foot. A tel point que je me faisais peur. Je me disais :’ Purée, si je peux plus jouer au foot, j’ai plus envie de vivre’ », balance l’entraîneur star du championnat d’Angleterre d’entrée. L’homme qui habituellement parle peu voire pas du tout a décidé d’ouvrir sa porte et il l’ouvre complètement. A l’occasion de son dernier match à Arsenal après 22 ans de bons et loyaux services pour le club de la capitale anglaise. Le jour dit, devant une foule qui chante les louanges du maître des lieux, le speaker du stade de Highbury lâche : « En réalité, il a changé la face du football dans ce pays » et il a raison.

Discipline et confiance, les maître-mots

Son parcours en Angleterre a commencé à la mi-temps d’un match où alors qu’il fume une cigarette, une dame l’aborde et lui présente son mari, le vice-président du club d’Arsenal, David Dein. Convaincu que le foot doit s’internationaliser et s’ouvrir à de nouvelles idées, il choisira le Français au look d’universitaire au lieu de Johann Cruyff, la star internationale du football hollandais. Un entraîneur français dans le championnat anglais ? « Impossible » hurlent la presse et les supporters, qui le surnomment Clouseau comme le flic français gaffeur de la série de films « La Panthère Rose » joué par Peter Sellers. « J’étais dans la peau du mec qui débarque à Bordeaux et qui explique comment faire du vin… » reconnaît l’intéressé. A ses débuts en Alsace, il a pourtant joué jusqu’à 19 ans sans entraîneur. Doué pour comprendre le foot, les joueurs et pour communiquer, il a formé dès l’âge de 25 ans des coachs plus âgés qui lui. Arrivé en Angleterre, il impose sa patte : pas d’alcool, pas de thé, pas de sucreries, on est des pros jusqu’au bout. Une discipline de fer qui donne l’impression aux joueurs d’« être surhumains » et qui dérange. La presse s’acharne sur lui. Et pourtant ses choix sont les bons. L’arrivée de Patrick Vieira dans l’équipe en 1996 est un coup de maître. Celle de Nicolas Anelka qui n’a que 17 ans. Et puis plus tard, celle d’un certain Thierry Henry.

Invincibles pendant une saison

Habilement réalisé, le documentaire alterne les témoignages éclairants de joueurs, de supporters, de professionnels avec des images de haute qualité. Petit à petit, tous les éléments de compréhension de la recette Wenger se mettent en place. Donner confiance aux joueurs pour qu’ils jouent libérés, c’est ainsi qu’il va conquérir dès ses débuts championnat et coupe d’Angleterre. Auparavant, Wenger avait déjà éprouvé cette formule à Monaco et au Japon. Et si ses joueurs triomphent sur le terrain jusqu’à la fameuse saison 2003-2004 d’invincibilité, lui mène une vie au calme, monacale presque, heureuse, entièrement consacrée au foot. En enmagasinant au fur et à mesure suffisamment de savoir et d’énergie pour concurrencer le roi du championnat d’Angleterre Alex Ferguson et son équipe de Manchester United. Le film est également une histoire d’amour entre un homme et un pays, entre la France et l’Angleterre, ces pays et identités si différents que, dès qu’ils passent du temps ensemble, parviennent à réaliser des exploits.

Arsène Wenger : Invincible, dès le 23 janvier sur CANAL+