L’ETAT DU TEXAS CONTRE MELISSA, une coupable idéale

Posté par Marc Larcher le 6 avril 2022
Dans ce documentaire, on découvre l’histoire d’une femme pauvre et droguée accusée d’infanticide aux Etats-Unis. Or petit à petit, une autre hypothèse émerge : la mère est victime d’une effroyable erreur judiciaire
Un doc édifiant

C’est un documentaire à couper le souffle et à ne pas mettre entre toutes les mains tant le sujet est difficile, la mort d’un enfant, et tant l’histoire racontée est complexe, pleine de chausse-trappes. Dès les premières minutes, on entend sur fond noir, une mère expliquer comment elle donnait des fessées à sa fille de deux ans. Le représentant de l’autorité lui demande de multiples détails sur sa façon de procéder, elle s’exécute tant bien que mal. Le spectateur lui-même est gêné, ne sachant pas trop quoi penser de cette reconstitution réalisée avec une poupée. Il voit d’abord une mère désemparée par la situation.

Des zones d’ombre que personne n’a examinées

Nous venons d’entrer dans un double labyrinthe d’où personne ne ressort indemne. D’une part, le cycle infernal des violences faites à un enfant et de l’autre, la machine judiciaire américaine, capable de broyer les coupables comme les innocents. Au centre du film de la réalisatrice franco-américaine Sabrina Van Tassel, il y a Melissa Lucio, une mère de famille pauvre et droguée, accusée d’avoir tuée sa fille. De prime abord, l’affaire semble réglée comme du papier à musique. Mère de quatorze enfants au jugement altéré par la drogue, elle coche toutes les cases de la coupable idéale. D’autant plus que que les premiers témoins interrogés ne l’exemptent pas vraiment des soupçons pesant sur elle. Pourtant, au bout d’un certain moment, on sent que quelque chose cloche dans cette histoire, sans savoir dire quoi. Peut-être parce que le récit qu’elle en fait regorge de zones d'ombres, va se révéler bien plus complexe qu’elle n’y paraît... Le cercle familial rappelle tout d’abord à quel point Melissa, malgré ses problèmes, s’est toujours montrée gentille et non-violente avec ses enfants. Ensuite, l’avocat de l’accusée fait la démonstration que la procédure a été orientée contre elle en raison de préjugés raciaux et sociaux. Pire, l’enquête prouve que le jour du supposé meurtre, la mère de l’enfant ne s’est à aucun moment retrouvée seule avec elle ! Et ce n’est pas tout, le médecin légiste invalide les conclusions de ses prédécesseurs sur la cause du décès… Quant au psychologue expert travaillant sur l’affaire, il exclut tout simplement que le profil de Melissa soit celui d’une infanticide. Plus on s’enfonce dans les détails de l’affaire, plus on en perd son latin. D’autant plus lorsque la documentariste retrouve le premier avocat de Melissa, commis d’office, il s’avère que celui-ci lui avait conseillé de plaider coupable tout en bloquant la démonstration d’une preuve qui disculpait sa cliente…

Quand la justice a besoin d’un coupable

Fort heureusement, le film ne s’arrête pas à ce constat d’échec. L’enquête va encore plus loin et propose une explication crédible à la mort de la fillette. Avec un témoin clef qui n’a pas été entendu par la justice. Dès lors, on commence également à comprendre pourquoi la justice a bâclé l’affaire, on découvre notamment les soupçons de corruption portant sur certains de ses membres, pressés en pleine campagne de réélection, de faire condamner à mort la première femme hispano-américaine. Pour le symbole. Depuis, celle-ci attend l’exécution principale dans les couloirs de la mort de la prison de Gatesville. Elle est prévue au 27 avril 2022.

L'État du Texas contre Mélissa, un documentaire disponible sur CANAL+.