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L’Image originelle : comment David Lynch a tourné Eraserhead, premier film fauché devenu classique

Quoi de plus complexe que l’univers de David Lynch ? Ses œuvres, aussi fascinantes que cryptiques, peuplées de personnages étranges évoluant dans des mondes déroutants au son de Nine Inch Nails, méritent bien une explication…

Cela tombe bien, puisque la série L’Image originelle, dédiée aux réalisateurs d’aujourd’hui (Olivier Assayas, Lars Von Trier…), réalisée par Pierre-Henri Gibert, consacre un de ses volets au maître du bizarre.

Face caméra, cigarette au bec, l’artiste américain revient sur son obsession pour les mondes cachés (notamment derrière les rideaux) ou l’influence du New York plus noir que noir sur son œuvre. Mais surtout, sur son premier long-métrage fondateur, adoré par Kubrick lui-même, comme le rappelle malicieusement le cinéaste au cours de l’entretien : Eraserhead.

Avant que ce film en noir et blanc charbonneux sorti en 1977 ne devienne culte, rien n’était gagné. Lynch, inconnu, étudiant vivant de petits boulots, est alors à fond dans les arts plastiques et plus précisément la peinture. Une peinture qu’il aimerait voir s’animer sous ses yeux.

Avec très peu de budget (mais « beaucoup de temps », dit-il), il se met alors à réaliser ses premiers courts métrages (Six Figures Getting Sick, The Grandmother…), grâce à une bourse du prestigieux American Film Institute.

Avant de se lancer dans Eraserhead, tourné entre autres au sein de l’immense Greystone Mansion de Beverly Hills (Los Angeles), où se trouve l’AFI. Investissant les chambres, les couloirs ou encore les étables de cet inquiétant manoir gothique, il déploie des trésors d’inventivité avec les moyens du bord, fouillant les poubelles de la Warner Bros à la recherche d’accessoires.

« On tournait la nuit car c’était plus calme », explique Lynch. Une longue nuit : le tournage de ce film expérimental suivant les aventures d’Henry Spencer (Jack Nance) dans un monde industriel déshumanisé, aux prises avec un nouveau-né monstrueux, ne durera pas moins de cinq ans… Dont une année entière à créer des bruitages en studio, qui participent à l’ambiance menaçante du film.

Ses proches lui conseillent d’arrêter les frais, de trouver un « vrai » travail, mais Lynch n’en a cure, comme il le raconte au cours de l’entretien. Son mariage n’y survivra pas. « Je pensais que ce que je faisais était important, et qu’il fallait que je finisse. »

Ces efforts finissent par payer : projeté au cours de séances de minuit, cet ovni cinématographique obtient, petit à petit, un statut de classique du cinéma fantastique, qui permettra à Lynch de tourner Elephant Man. Et de poursuivre son exploration des mondes secrets qui affleurent ici et là, derrière la moindre porte ou rideau.

L’Image originelle, David Lynch, Documentaire, 27 minutes, à voir dès le 20 décembre sur CINÉ+.