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Le cinéma prend les armes : deux docus passionnants sur les films de guerre, entre drones et tranchées

Comment filmer la guerre ? La thématique du conflit au cinéma ne cesse de passionner les réalisateurs d’hier comme aujourd’hui, britanniques, américains comme français, de Stanley Kubrick à Ridley Scott en passant par Steven Spielberg, Bruno Dumont, ou plus récemment Clément Cogitore.

Dans le cadre du cycle « Le cinéma prend les armes », elle est au cœur de deux documentaires : En ligne de mire de Jean-Baptiste Thoret et Filmer le chaos de Marius Doicov. Ce dernier est consacré à la Grande Guerre, un des plus profonds traumatismes de notre Histoire récente, maintes fois porté à l’écran.

Dans les deux films, cinéastes (Jean-Jacques Annaud, Michel Hazanavicius, Alice Winocour, Jean-Pierre Jeunet, Christophe Gans, Albert Dupontel, Sylvie Pialat, Philippe Torreton…) historiens, critiques ou universitaires livrent leur point de vue sur ce sujet qui déchaîne les passions, avec de nombreux extraits de longs métrages à l’appui.

Comme chacun l’explique, dans les films de guerre, il y a tout. Le courage, la peur, la lâcheté, la fraternité… Qu’elle soit vue depuis une tranchée boueuse ou un drone, elle plonge l’homme dans ses plus bas instincts, fait appel à notre nature primitive.

Les cinéastes reviennent sur les défis posés par le film de guerre, tant en termes techniques (nombreux figurants à gérer, explosions dangereuses, immenses décors…) que politiques.

Pourquoi représenter une guerre plus qu’une autre ? Comment ne pas verser dans le film de propagande ? Est-il possible d’apporter une vision nuancée des choses ? Comment rester proche de la réalité historique tout en apportant une dimension romanesque, et sans montrer l’horreur pure, qui serait tout simplement insupportable à regarder, comme le soulignent certains ?

La plupart disent avoir voulu la montrer à hauteur d’homme, et sans jugement. Bertrand Tavernier, par exemple, avec son épique Capitaine Conan (1996), n’a pas voulu adopter le point de vue des gradés, qui ne l’intéressait pas, mais des simples « fantassins qui dégustent ».

Kubrick, lui, a tenu, avec Les Sentiers de la gloire (1957), à montrer l’injustice et la bêtise de la guerre, des hommes aux prises avec une hiérarchie déconnectée des réalités du terrain. Des hommes humains avant tout, comme le rappelle Christian Carion qui, avec Joyeux Noël (2005, photo de couverture), a souhaité montrer un épisode méconnu de la Grande Guerre, celui de la trêve de Noël 1914.

Tous ces artistes, forcément, apportent leur vision, nourrie de leurs influences ainsi que de leur histoire personnelle.

Marc Dugain par exemple (dont le livre La Chambre des officiers a été adapté par François Dupeyron en 2001) se souvient de son grand-père, gueule cassée, qui n’a jamais pu embrasser sa grand-mère.

Ces regards particuliers sur la guerre ont parfois été reprochés aux cinéastes. Ridley Scott s’est par exemple entendu dire que son film La Chute du faucon noir (2011), qui retrace la bataille de Mogadiscio, dépeignait les combattants ennemis comme une horde anonyme et sanguinaire.

Deux documentaires aux témoignages captivants sur un sujet vaste, territoire sans fin d’histoires, dont les cinéastes n’ont pas fini de s’emparer.

En ligne de mire, Documentaire de Jean-Baptiste Thoret, 52 minutes.
Filmer le chaos, Documentaire de Marius Doicov, 52 minutes. À voir sur CANAL+.