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Lotte Eisner, la gardienne du cinéma

Son nom ne vous dit peut-être rien, et pourtant, il est possible que vous ayez déjà vu quelques-unes des pièces que cette figure du 7e art, peu connue du grand public, a rassemblées à la Cinémathèque française (Paris), comme le robot de Metropolis.

Le documentaire Lotte Eisner, aucun lieu, nulle part, de Timon Koulmasis, revient sur la vie tourmentée de cette historienne et critique de cinéma d’origine allemande morte en 1983, si appréciée des réalisateurs.

Ceux-ci n’hésitent d’ailleurs pas à lui témoigner leur admiration face caméra : Werner Herzog, Wim Wenders (qui lui a dédié son film Paris, Texas en 1984), Volker Schlöndorff, représentant majeur du nouveau cinéma allemand…

Pour Werner Herzog, « tous les gens importants de l’histoire du cinéma l’estimaient et l’aimaient », de Georges Méliès à Stanley Kubrick.

Le réalisateur de Aguirre, la colère de Dieu et Fitzcarraldo a même marché de Munich à Paris pour rendre visite à cette spécialiste de l’expressionnisme allemand, autrice de l’ouvrage de référence L’Écran démoniaque, en 1974, alors qu’elle était très malade.

Si cette férue de Murnau est si respectée, c’est car elle fut une passeuse à l’esprit vif, comme on le voit dans les images d’archives du documentaire, où l’élégante dame, âgée, déroule en français un destin hors normes.

La jeune Lotte a commencé sa carrière comme critique culturelle, au quotidien Film-Kurier. Happée par le bouillonnement berlinois, elle visite les plateaux de tournage, se fait tout expliquer. Elle se lie d’amitié avec les cinéastes les plus importants du pays, comme Fritz Lang, sur lequel elle écrira beaucoup, ou l’actrice Louise Brooks.

Mais en 1933, elle fuit le pays pour échapper aux nazis. Son lieu d’exil : Paris. Elle y rencontre Henri Langlois, qui sauve les films muets de l’oubli, et Georges Franju.

Ils seront les artisans fondateurs de la Cinémathèque française, déterrant et surtout, conservant, des trésors sur pellicule, à une époque où cela ne serait venu à l’idée de personne d’autre.

« Elle a aidé à voir le cinéma comme une chose qu’il fallait préserver. Elle a été l’une des premières à comprendre la force mythologique du cinéma », dit Wim Wenders.

De son internement au camp de Gurs à ses années en tant que conservatrice à la Cinémathèque, ce documentaire, ponctué de nombreuses archives et extraits de films (Nosferatu, Le Cabinet du docteur Caligari, Ascenseur pour l'échafaud…), retrace la vie de cette pionnière exceptionnelle, qui sut analyser comme personne le cinéma de la République de Weimar : « Les années 1920 étaient une époque curieuse. Les gens étaient malheureux en Allemagne. Or les Allemands, dès qu’ils sont mécontents, deviennent créatifs. »

Lotte Eisner, aucun lieu, nulle part, Documentaire, 60 min, en ce moment sur CINÉ+.