MAIDEN, un exploit féministe en mer

Posté par Marc Larcher le 9 mai 2022
Un équipage exclusivement féminin

C’est une des rares légendes de la mer dans un domaine qui en compte peu et pour lequel l’examen d’entrée est particulièrement ardu. Si on la connaît peu de ce côté-ci de la Manche, elle est côté britannique une véritable institution. En un mot, Tracy Edwards, une jeune femme de 24 ans, a mené le premier équipage entièrement féminin autour du monde dans la Whitbread Round the World Race, course désormais appelée The Ocean Race. Et ce, en 1989 ! C’est à la fois un exploit sportif et sociétal dans un milieu quasiment exclusivement masculin.

Un exploit au nez et à la barbe des pros

Dans ce documentaire au format long-métrage, on découvre comment son bateau, Maiden, va remporter deux manches de la prestigieuse course et à l’encontre de tous les pronostics finir deuxième au classement général de sa catégorie. Un succès dont la jeune navigatrice n'osait à peine rêver avant le départ. Intelligemment, le doc d’Alex Holmes retrace tout autant l’épreuve sportive que son parcours personnel en forme là-aussi de parcours du combattant. C’est un des enseignements premiers du film, l’enfance troublée de la jeune femme – son père meurt alors qu’elle n’a que dix ans, son beau-père est violent et alcoolique - va nourrir tout au long de sa vie une détermination sans faille. Sans pour autant, et c’est peut-être le plus touchant, devenir une championne individualiste mais bien au contraire, une véritable meneuse capable de transmettre son énergie et sa volonté aux membres de son équipage. Et il en faut pour affronter « l’océan (qui) essaie toujours de vous tuer» comme elle le dit à la caméra et un monde sur terre qui méprise ses efforts. Surtout, si cette apparition sur la scène internationale a surpris beaucoup de gens, Tracy Edwards est loin d’avoir improvisé son ascension car elle a travaillé dans cette industrie à plusieurs postes différents avant de se porter acquéreuse de sa propre embarcation, en étant à chaque fois la seule femme à travailler à bord la plupart du temps. Le réalisateur a eu la chance de pouvoir utiliser les nombreuses images d’archives d'époque – l’équipage féminin avait en effet eu la bonne idée d’accepter, contrairement aux autres, de prendre à bord les caméras proposées par l’organisation de la course - auxquelles il a ajouté de nombreux témoignages de la navigatrice et de ses partenaires. On comprend comment ce navire est très vite devenu un symbole et un message pour le monde entier. En un mot, cette victoire est une ode à la liberté et à la prise de risque et montre en creux comment la caste des navigateurs professionnels masculins a été totalement et définitivement ringardisée en l’espace d’une course. Ceux-là même qui avant le départ disait à Tracy Edwards : « Ne partez pas, vous n’êtes passez forte, vous allez mourir en mer ».

Une personnalité hors du commun

Bien sûr, le documentaire ne s’arrête pas à cette formidable course car cet exploit va en nourrir d’autres. Non seulement, Tracy Edwards devient l'une des stars de la navigation mondiale, devenant au passage la première femme à recevoir le trophée du Yachtman de l'année avant d’être décorée de l’ordre de l’Empire britannique et de consacrer le reste de sa vie à la protection de l’enfance, mais la navigatrice ouvre également la voie à d’autres femmes, dont Ellen MacArthur appelée à devenir une des plus grandes stars du genre. On peut également rappeler qu’aucun équipage 100 % féminin n’a participé au Trophée Jules Verne, depuis la tentative de Tracy Edwards sur Royal Sun Alliance mais que cette idée a fait son chemin puisqu’Alexia Barrier, 24e du Vendée Globe 2020-2021, veut réunir des navigatrices internationales pour tenter de battre le record du tour du monde en équipage lors de la prochaine édition. Une certaine Marie Tabarly est intéressée...

Maiden, un documentaire disponible avec CANAL+