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Paul Leroux, le criminel qui se rêvait entrepreneur

Pendant des années, jusqu’à son arrestation en 2012, il a régné sur un empire sans partage. Le documentaire Le Big Boss du crime, réalisé par Sam Taylor, retrace l’histoire d’un criminel international hors normes, Paul Leroux, grâce à des témoignages d’experts, de ceux qui l’ont traqué, et à des reconstitutions.

Né au Zimbabwe (alors Rhodésie) en 1972, ce petit génie de l’informatique, spécialiste des logiciels de cryptage, comprend vite comment tirer profit du cyberespace, en exploitant opportunément ses zones grises et vides juridiques.

Ainsi, il a l’idée de s’installer à Manille, aux Philippines, pour y implanter au début des années 2000 des centres d’appels et sites Internet de vente de médicaments en ligne : tranquillisants, Viagra… Depuis l’Asie du Sud-Est, il les propose au marché américain, sans ordonnance. Il ne s’est pas installé là par hasard : à cette époque, « en Asie du Sud-Est, la corruption semble endémique. Elle paraît largement acceptée dans le monde de la police, la justice, la politique », dit un des criminologues interrogés dans le documentaire.

Les affaires de celui que le milieu criminel surnomme « le gros » fructifient au-delà de ce qu’il aurait pu espérer : en l’espace de quatre ans, il engrange pas moins de 300 millions de dollars. Mais il faut bien blanchir tout cet argent : on dit qu’à l’époque, il garde 100 millions de dollars chez lui. Il invente alors un système élaboré d’échanges de lingots d’or à Hong Kong, et s’entoure d’hommes de main, de mercenaires, qui n’hésitent pas à tuer ceux qui se mettent en travers de son chemin.

Et bascule, petit à petit, dans une criminalité de plus en plus violente, créant une sorte de supermarché d’armes en Somalie, trafiquant de la drogue. Car Paul Leroux en veut toujours plus, nous explique le documentaire. « Il est clairement narcissique » expose la journaliste d’investigation spécialisée dans le crime organisé Elaine Shannon, qui lui a consacré un livre.

Leroux s’internationalise, se diversifie, et accumule l’argent. Même si lui ne vit pas la grande vie, ne flambe pas, ne sort pas, n’a pas de voitures de luxe. Ses appartements sont quasiment vides. « Il voulait devenir le Jeff Bezos (fondateur d’Amazon) des armes et des bas-fonds », explique une journaliste.

Pendant longtemps, il poursuit ses activités lucratives sans être inquiété, tissant sa toile dans le monde entier.

Le documentaire recolle les pièces du complexe puzzle Leroux, de son ascension fulgurante à sa traque délirante par la DEA (Drug Enforcement Administration). Un criminel hors normes, mais également, comme le souligne un des intervenants du documentaire, « le prototype du criminel du 21e siècle », qui a réussi à prospérer grâce à Internet.

Loin de l’image « traditionnelle » du baron de la drogue, donc. Mais aussi loin de celle du génie informatique. Une énigme, en partie dévoilée.

Big Boss du crime, Documentaire en première exclusivité, en deux parties de 45 min, à voir en ce moment sur PLANÈTE+ CI.