Aller au menuAller au contenu principalAller à la recherche

Psycho Killer, un documentaire qui démêle la réalité de la fiction

Qu’est-ce qui se passe dans la tête d’un psychopathe, quelqu’un qui n’a aucune empathie ? Et pourquoi nous fascinent-ils autant et sont-ils omniprésents dans la fiction ?

C’est à cette épineuse question que s’est attelé Stéphane Bergouhnioux dans son documentaire Psycho Killer, qu’est-ce que c’est ? (d’après le fameux morceau des Talking Heads), faisant le pont entre la fiction et la réalité.

Convoquant réalisateurs, acteurs, écrivains, dessinateurs ou psychiatres dans une mise en scène horrifique, le film retrace l’histoire des psychopathes au cinéma, hommes et femmes, tueurs, en série ou non, à gages ou non, loups solitaires ou gourous de sectes comme Charles Manson, de Hannibal Lecter à Alex d’Orange Mécanique, en passant par Catherine Tramell de Basic Instinct ou Anton Chigurh de No Country for Old Men, ou plus récemment Joker (ci-dessous).

Mais tous ces monstres de fiction ne sont pas fidèles à la réalité, comme le souligne le professeur Samuel Leistedt, qui a rencontré nombre de psychopathes et décortiqué le comportement de centaines de « méchants » au cinéma.

Pour ce spécialiste de renommée mondiale, dans les années 1970, « le cinéma est tombé dans la caricature », avec des slasher movies où ça zigouillait à tout-va. De même, Hannibal Lecter, si lettré et gourmet, n’a pas le profil-type du psychopathe, selon le psychiatre, qui n’a jamais rencontré ce genre de patient dans son cabinet…

Et pourtant, le cinéma s’en est donné à cœur joie, à grand renfort d’hémoglobine, et tant pis pour la vraisemblance. William Lustig (photo ci-dessous), réalisateur du classique Maniac (1980), l’admet : les années 1970, « âge d’or des tueurs en série américains », étaient (et restent) une source d’inspiration inépuisable.

Il a voulu, avec son personnage de Frank Zito qui semait la terreur à New York en scalpant ses victimes, combiner tous les serial killers qui sévissaient en ce temps-là (Ted Bundy, Son of Sam…) et « créer un Les Dents de la mer, mais sur terre ».

Il faut dire qu’avec des personnalités comme John Wayne Gacy, qui se déguisait en clown, ou le pasteur-gourou Jim Jones et sa secte agricole suicidaire, la réalité est du pain bénit pour les cinéastes.

En France, on ne dit d’ailleurs pas autre chose. Cédric Anger (photo ci-dessous) s’est par exemple inspiré de l’affaire Alain Lamare pour composer son film avec Guillaume Canet La prochaine fois je viserai le cœur, qui narre l’histoire, incroyable mais vraie, d’un gendarme-tueur de l’Oise de la fin des années 1970, enquêtant sur ses propres crimes.

Celui-ci poussera même le vice jusqu'à faire du porte-à-porte avec un portrait-robot de lui-même. « Je n’ai pas le talent de scénariste pour inventer ça », dit son réalisateur.

Dans le cinéma d’hier comme d’aujourd’hui, les tueurs, érigés au même rang que les stars de la pop culture aux États-Unis, ne cessent de s’afficher, et de nous fasciner. Dérangeant, mais compréhensible…

Le fait divers nous intéresse car c’est « le surgissement de l’extraordinaire dans l’ordinaire », dit la romancière Leïla Slimani (Chanson douce). « Il est d’autant plus inquiétant qu’il concerne des gens qui nous ressemblent. » 

Sans compter que les psychopathes, aussi terribles soient leurs crimes, en disent sûrement aussi beaucoup sur nous-mêmes et notre société. « Un personnage négatif dit parfois beaucoup plus de choses d’une époque, que les œillères d’un personnage positif. On peut raconter une époque par ce que Fritz Lang appelle le Mal », dit Cédric Anger. Mais comme le dit le morceau Talking Heads, mieux vaut courir dans la direction opposée si on en voit un…

Psycho Killer, qu’est-ce que c’est ?, Documentaire, 58 min, disponible sur CANAL+.