Race, genre, sexe… Le cinéma va-t-il se débarrasser de ses clichés ?

Posté par Marc Larcher le 23 février 2022
Diversité, parité, racisme, homophobie... Les documentaristes Frédéric Murarotto et Guillaume Simon s'intéressent aux clichés que véhicule le cinéma français mais aussi à ceux qui passent à l'action et font bouger les lignes
Un casting haut de gamme

Il y a du beau monde dans ce documentaire. A la fois l’avant-garde du cinéma français, on pense au cinéaste et acteur Jean-Pascal Zadi auteur de l’hilarant TOUT SIMPLEMENT NOIR (2020), Elisabeth Tanner, célèbre agent du cinéma français et secrétaire générale des César, le réalisateur et ex-directeur de casting Stéphane Foenkinos, Rabah Naït Oufella et le réalisateur Laurent Cantet pour ARTHUR RAMBO (2022), les producteurs du film de Ladj Ly LES MISERABLES (2019), la réalisatrice franco-sénégalaise Maimouna Doucouré, la jeune réalisatrice Audrey Diwan couronnée par un Lion d’or l’année dernière pour L’EVENEMENT… Mais aussi plusieurs lycéens qui suivent une formation cinéma et qui ont déjà été confrontés à cette question longtemps tabou dans le monde du cinéma : la diversité ou plutôt le manque de diversité.

Un milieu plein de stéréotypes

Le documentaire de Frédéric Murarotto et Guillaume SImon met les pieds dans le plat en posant d’entrée la question au cinéaste Jacques Audiard qui confie avoir choisi le lieu et le sujet de son dernier film, LES OLYMPIADES (2021), à Paris dans le XIIIe arrondissement précisément pour cette raison. Il pouvait filmer des gens qu’on ne voit pas ou peu au cinéma : des jeunes d’origine asiatique, des métis, des Noirs… Le doc prend de la hauteur quand la sociologue des médias Marie-France Malonga rappelle que : « dans le contexte social, culturel, historique français, il y a toujours une crispation autour des questions raciales, migratoires, minoritaires. On est dans une société dite universaliste, républicaine et on ne doit pas mettre en avant dans la sphère publique les spécificités des individus de genre, de race, d’opinion ». Avec son humour habituel, Jean-Pascal Zadi rappelle qu’il a, lui, découvert qu’il pouvait y avoir des Noirs au cinéma dans les films américains des années 80 et 90, faute d’en trouver en France. C’est ainsi qu’il a pris conscience de son « invisibilité ». Si des nouveaux visages arrivent peu à peu sur les écrans ces dernières années, le film montre avec la sociologue comment les grands stéréotypes continuent de coller aux basques des acteurs racisés présents à l’écran : la victime, le délinquant, le « sauvage » comme elle l’explique « jamais perçu comme un Français à part entière ». Pour les femmes, on reste souvent dans le registre de « la maman ou la putain ».

Celles et ceux qui font bouger les lignes

Preuve d’une prise de conscience du phénomène, il existe désormais plusieurs tests permettant de repérer ces clichés en grande partie perpétués par les castings. Pour Jean-Pascal Zadi, le problème vient en partie du fait que les personnes concernées - femmes, gays, Arabes, Noirs…- n’ont, elles-mêmes, pas accès à la réalisation des films. Et que lorsqu’elles y parviennent, les attentes sont énormes et elles deviennent malgré elles les représentants d’une cause qui les dépasse. Parmi les initiatives qui font bouger les lignes, le documentaire salue l’existence du prix Alice Guy de la meilleure  réalisatrice, récompense qui emprunte le nom d’une cinéaste du début du XXe siècle, particulièrement douée mais quasiment inconnue parce que femme. Ou la création de collectifs pour la parité, le recrutement dans les écoles de théâtre ou de cinéma sur un pied d’égalité, sans frais d’inscription, il rappelle la nécessité d’une présence dans les comités de financement, dans les instances de décision… Si les progrès sont visibles ces dernières années car « l’industrie a moins de défiance vis-à-vis des femmes » comme le rappelle la cinéaste et scénariste Audrey Diwan, ils restent lents. « L’idée, c’est pas de donner plus de prix aux femmes, précise-t-elle, c’est de laisser plus de femmes faire des films ». Avec son sens de la formule, l’acteur Rabah Naït Oufella conclue que « le meilleur moyen d’avoir de la diversité » – terme qui agace au passage nombre d’intervenants -, « c’est d’arrêter d’en parler ». Autrement dit de la faire, d’ouvrir les portes, comme le doc vient de le montrer.

Cinéma, la fin des clichés ? Un documentaire disponible sur CANAL+.