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Raqqa : une femme après Daesh, le combat d’une maire pour reconstruire la « ville-cimetière »

C’est une ville complètement détruite par la guerre que nous montre le documentaire Raqqa : une femme après Daesh, de Xavier de Lauzanne. Et comment une femme, Leila Mustapha, tente de la relever.

Le film montre la rencontre entre une grande reporter et écrivaine française, Marine de Tilly, et cette courageuse activiste kurde et syrienne. Un livre est né de ces échanges : La femme, la vie, la liberté (éd. Stock, 2020).

Neuf jours durant, on suit Leila Mustapha dans son quotidien et son combat, forcément dangereux, pour redonner vie à l’ancienne capitale de l’État islamique autoproclamé. La ville de 300 000 habitants, au centre de la Syrie, est tombée sous le joug de Daesh en 2014 à la suite du printemps arabe, très durement réprimé par le régime de Bachar al-Assad. Libérée le 17 octobre 2017, elle a été détruite à 85 %.

Leila Mustapha, qui n’avait même pas 30 ans au moment où la guerre a éclaté, fait partie de cette jeune génération qui œuvre à redresser le pays par tous les moyens. « Nous sommes dans une phase de création, de formation et de fondation », dit devant la caméra cette jeune femme animée d’un feu sacré et plus combattive que jamais.

Après la libération de la ville, celle-ci est devenue co-maire de Raqqa, au Conseil civil. Dans ce monde d’hommes, elle impressionne par sa détermination, son travail sans relâche. « Combien de vies a-t-elle vécu ? » s’interroge Marine de Tilly dans le documentaire.

Mais Leila Mustapha ne fléchit jamais. On lui emboîte le pas dans les décombres de Raqqa, un endroit « abandonné », dénonce-t-elle, déserté par les journalistes comme par l’aide internationale (envers laquelle elle ne mâche pas ses mots).

Ici, sur un chantier, à surveiller l’avancer des travaux (« N’essayez pas de m’avoir », dit-elle en plaisantant aux ouvriers), et s’impatienter face aux retards. Là, au Conseil civil, qui regroupe plusieurs communautés pour représenter au mieux la société, où elle se montre inflexible face à ses collègues hommes. Aux côtés des combattantes des forces démocratiques syriennes, qui louent son courage.

Ou encore sur des lieux de funeste mémoire, places où avaient lieu les exécutions, ou cimetières de martyrs. Et également lors des entretiens avec la journaliste, dans lesquels elle se confie sans réserve sur l’horreur de la guerre, ce « cauchemar ».

Infrastructure, eau, électricité, écoles, hôpitaux : tout est détruit, tout est à refaire. A-t-elle déjà songé à jeter l’éponge, devant l’ampleur de cette tâche colossale ? « Je ne suis pas sûre », explique la jeune femme, pour laquelle la découverte de sa ville ravagée a été « un immense choc ».

« Nous avions l’impression qu’une sorte de force motrice était derrière nous pour nous pousser à avancer. Il y a ces deux sentiments, le désespoir et cette force motrice. » Une force motrice qui l’aide dans son combat, elle qui croit dur comme fer à une Syrie multiconfessionnelle et multicommunautaire, qui pourrait être un modèle de démocratie et de parité.

Raqqa : une femme après Daesh, Documentaire, 1h15, à voir en ce moment sur PLANÈTE+.