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"Staying Alive", la formule secrète des Bee Gees

Posté par Marc Larcher le 22 novembre 2021
Avec le documentaire « Bee Gees-how can you mend a broken heart », on redécouvre l’histoire hallucinante et dramatique du groupe de pop et de disco
Un casting hors pair

Tout est là. Sans doute les plus belles voix de l’histoire de la pop, les cheveux longs, les tenues approximatives et la ressemblance frappante entre les trois frères Gibbs. Voilà pour la vitrine sauf qu’avant ce documentaire du producteur Frank Marshall, le monde ignorait sans doute à quel point l’histoire des Bee Gees était aussi pleine de drames. Tout d’abord, le film de près de deux heures permet de se rendre compte de la toute-puissance du groupe : 220 millions de disques vendus, 20 chansons n°1 sur plus d’un millier écrites, neuf grammy awards... Et puis, son importance au regard du CV des intervenants du doc, avec tenez-vous bien, Eric Clapton, Noel Gallagher, Nick Jonas, Chris Martin, Justin Timberlake et Mark Ronson… Leur histoire est d’abord celle d’une amitié fraternelle scellée par le chant en Angleterre dès… 1958 avant que leur famille ne déménage en Australie. Quelques années plus tard, alors qu’ils changent souvent de nom de groupe avant de trouver le bon en 1962, leurs chansons commencent à entrer dans les hit parades car ils disposent déjà de la formule magique : trois chanteurs pour trois harmonies vocales de haut standing. Barry chante en solo avec une voix de fausset et avec sa voix classique, Robin possède un vibrato aérien, et Maurice, par ailleurs directeur musical du groupe, chante les harmonies hautes ou basses.

Des poids-lourds de la musique avec des voix d’ange

C’est le public anglais qui va les sacrer en 1967 quand leur premier album est encensé et qu’on évoque déjà « les nouveaux Beatles ». « Quand tu as des frères qui chantent, c’est comme un instrument que personne ne peut acheter », se souvient Noel Gallagher fasciné par leurs débuts. La vague est lancée, les hits se succèdent, « New York Mining Disaster 1941 », « Holiday », «  To Love Somebody » et encore « Massachusetts » mais les tensions commencent dans la fratrie. La jalousie, la voix d’un chanteur qui prend trop de place, Barry qui devient un sex symbol mais pas les autres - il quitte d’ailleurs la fratrie avant de revenir… Toute la carrière du groupe va de fait ressembler à un soap opera, « comment ils ont fait pour tenir, s’interroge Chris Martin, je ne sais pas, mais sans doute ont-ils eu conscience de leur don divin ». A plusieurs reprises, les Bee Gees vont frôler la catastrophe mais sauront se réinventer. Pour leur métamorphose en groupe leader de la vague disco au milieu des années 70, Justin Timberlake, en fan et en professionnel, note leur étonnante capacité à transformer un détail en innovation majeure : « Ce passage-là, ce serait partout ailleurs interprété par une section de cuivres mais eux, avec leur voix, ils peuvent s’en saisir ». À un autre moment, c’est Barry qui s’inspire du bruit que fait sa voiture en roulant sur un pont, pour composer une nouvelle rythmique. Et à chaque fois la formule fonctionne.

Un art de la survie par la métamorphose

Pas étonnant dans ces conditions que leur plus grand hit, « Staying alive » soit d’abord une histoire de survie. Au fil des ans, les Bee Gees affrontent la mort du quatrième frère, Andy d’une overdose, la maladie qui va progressivement affaiblir puis emporter Maurice et Robin, le mouvement anti-disco qui voit leurs disques brûler dans un stade aux Etats-Unis, leur passage progressif de l’autre côté du micro à la production pour Diana Ross ou Céline Dion… Au fil des interventions des stars dans le documentaire, on perçoit ainsi l’immense respect de ceux qui savent à quel point il est difficile de se maintenir au sommet comme les Bee Gees l’ont fait pendant plus de trente ans tout en menant une vie équilibrée. À l’instar du dernier survivant, Barry, qui à l’écran comme à la ville chante et parle d’or.

Bee Gees: How can you mend a broken heart, disponible sur CANAL+ Docs.