Retour à Kaboul sous émirat Taliban, une plongée édifiante dans le nouvel Afghanistan

Quelques semaines seulement après le retour au pouvoir des talibans dans le pays, le grand reporter Paul Comiti s’est rendu sur place pour vérifier par lui-même si le nouveau visage présenté à la communauté internationale par les fondamentalistes religieux correspond à la réalité. Spoiler : il n’en est rien.
Un pays au bord du gouffre

Difficile d’oublier ce 15 août 2021, date de la prise de Kaboul par les talibans, quasiment vingt ans jour pour jour après avoir été chassés du pouvoir par la coalition internationale. Ce jour-là, le monde entier a découvert avec sidération les images de la capitale afghane tombée en quelques heures seulement aux mains des fondamentalistes, faute de combat.

Immédiatement, la communauté internationale a légitimement exprimé ses inquiétudes vis-à-vis du retour aux affaires des talibans, tristement célèbres dans le monde entier pour la façon particulièrement dégradante dont ils traitent les femmes. Très durement touché par les sanctions économiques, le pays se trouve alors aussi au bord du gouffre, ce qui oblige les talibans à s’offrir un lifting médiatique pour apparaître comme plus « modérés » et acceptables aux yeux du monde. Mais dans les faits, est-ce vraiment possible ?

Le retour de la marginalisation des femmes

Quelques semaines après avoir déjà réalisé le documentaire « Kaboul, au cœur des Talibans » (CANAL+), tourné pendant l’ascension irrésistible du groupe religieux dans le pays pendant l'été 2021, Paul Comiti est donc retourné en Afghanistan, où il a tenté de retrouver certains des témoins interrogés auparavant. Et manifestement, la tâche n’a pas été facile, car certains d’entre eux sont obligés de se cacher du nouveau pouvoir en place. C’est le cas de Qamar Gul, une femme devenue une légende locale après avoir tué plusieurs talibans responsables de la mort de ses parents, et dont la vie est forcément menacée aujourd’hui. Plus globalement, le réalisateur a voulu confronter le nouveau discours officiel des talibans à la réalité du terrain.

Il a ainsi pu filmer une opération de communication grossière mais savamment orchestrée par les hommes au pouvoir pour montrer des étudiantes à l’université. Problème, ces dernières sont couvertes de la tête aux pieds et ne répondent pas aux journalistes. Et pour cause : quand l’équipe du documentaire retrouve la jeune lycéenne Arifa, cette dernière révèle qu’elle ne peut plus étudier car l’école est désormais interdite aux filles de plus de 12 ans. Celles qui aiment le sport ne sont pas mieux loties, puisqu’il est tout aussi inimaginable pour elles de s’entraîner aux yeux de tous, comme le montre l’exemple déchirant de cette jeune cycliste prometteuse qui devait participer aux jeux olympiques, et dont le vélo ne voit plus la lumière du jour.

Des inégalités flagrantes et une répression sanglante

Le contraste est saisissant avec les quelques fondamentalistes que l’on suit dans le documentaire, dont le passage le plus stupéfiant a été filmé dans un parc d’attractions. On y voit en effet des notables talibans – pourtant très prompts à interdire les sources de divertissement – profiter avec le sourire aux lèvres d’un bateau à bascule ou même s’esclaffer en utilisant des auto-tamponneuses, avant de déguster un repas copieux pendant que le reste de la population meurt de faim.

Car le documentaire de Paul Comiti filme aussi la violence de cette réalité sociale, avec des familles contraintes de vendre leur vaisselle pour espérer se nourrir. Les images tournées dans une prison ou aux côtés de la police des talibans ne sont pas moins frappantes : on peut notamment voir des hommes armés disperser avec des tirs une manifestation de femmes prêtes à mourir pour défendre leurs droits. Et gare aux personnes qui passent devant la « justice » talibane : le documentaire montre via plusieurs photos qu’il n’est pas rare de croiser des personnes pendues à des pelleteuses. Glaçant.

Retour à Kaboul sous émirat taliban, un documentaire disponible seulement sur CANAL+.