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Supervilain : à la rencontre du rappeur le plus détesté d’Amérique

Posté par Marc Larcher le 15 septembre 2021
Un pied en prison, un autre sur scène

Dès les premières images, on découvre une banlieue américaine semblable à des centaines d’autres, un alignement infini de pavillons identiques, filmée par drone sur des kilomètres. Sauf que dans l’un d’entre-eux, le rappeur Takeshi 6ix9ine vit en résidence surveillée. Et pour cause, le New-Yorkais d’origine mexicaine a été ces dernières années inculpé de détournement de mineurs, de trafic de drogue, de vols à main armée, d’implication dans des fusillades et des faits de racket en raison de ses liens avec le gang Nine Trey Gangsters affilié aux Bloods. Il risque une condamnation extrêmement lourde, pouvant aller jusqu'à 47 ans de prison. En quelques secondes, le décor est planté : en plongeant dans l’univers de Takeshi 6ix9ine, le spectateur sera constamment baladé entre la musique et la violence,  le rap et les gangs, avec au fur et à mesure du passage d’un pôle à l’autre, une célébrité accrue pour l’homme au visage tatoué.

Le Joker du rap game

La bonne idée de ce documentaire consiste à ne pas commencer à raconter le succès musical quasi immédiat de l’artiste mais d’explorer dans un premier temps son traumatisme originel : l’assassinat de son beau-père en pleine rue, à un block de chez lui, un jour où à l’âge de 13 ans, celui qu’on appelle Daniel Hernandez venait de refuser de faire les courses avec lui. Ses troubles psychiques depuis n’ont fait que s’aggraver. Il abandonne l’école, perd énormément de poids, fait des tentatives de suicide et multiplie les dépressions thérapies. C’est sa femme Sara Molina qui dévoile ainsi l’envers du décor avant que son personnage de Takeshi 6ix9ine ne devienne énorme et le dépasse. Plus le jeune homme semble fragile, plus il s’invente un personnage de rappeur insolent, violent, invincible mais comme l’auteur du hit « Gummo » précise lui-même : « les super-héros meurent toujours, je veux pas être un super-héros, je veux être un super-vilain parce qu’ils meurent jamais ». Ses proches et les spécialistes qui s’expriment dans le documentaire le confirment : Daniel Hernandez est une sorte de Joker, aussi borderline que l’ennemi juré du super-héros Batman. Sur certains plans, son visage tatoué et ses cheveux arc-en-ciel évoquent d’ailleurs une filiation entre les deux personnages.

Tout dire, tout filmer, tout montrer

Face au succès de ses deux premiers albums, face à ses punchlines et ses provocations sur les réseaux sociaux, toute une partie de l’establishment du hip hop américain va lui tourner le dos. Au fil des années, les embrouilles vont l’opposer à différents rappeurs dont Meek Mill ou Snoop Dogg. C’est ainsi que Takeshi 6ix9ine génère un flot incessant de buzz, quoi qu’il dise ou fasse, qu’il soit enfermé ou en liberté, cela fait encore grossir son personnage. Jusqu’au point où aujourd’hui le moindre dérapage ou la moindre accusation fait l’ouverture des journaux télévisés américains. Au fur et à mesure du doc, on comprend que le jeune homme, bien qu’expert en marketing de lui-même, a enclenché un mouvement sur lequel il n’exerce plus aucun contrôle. Perturbé, déjà violent dans vie privée, accro aux provocations, il a franchi un pas supplémentaire en s’associant à un gang, les Bloods, dont la violence des mœurs va immédiatement déteindre sur lui et sa réputation. Le tout sous la caméra quasi permanente de son téléphone. Au final, ses fans vivent chaque rebondissement, son ascension et sa chute qui semblent ne faire qu’un à la minute près. Sachant qu’il n’a que 25 ans et qu’il faut déjà un documentaire en trois parties pour raconter sa vie, il est fort probable que sa légende ne fasse que commencer.

Supervilain, un doc disponible sur CANAL+.