Tell me Iggy, un documentaire crépusculaire sur les traces d’Iggy Pop

Posté par Alexis Lebrun le 16 mai 2022
À 75 ans, le leader des Stooges est l’une des dernières légendes vivantes du rock encore en activité. L’occasion pour la réalisatrice Sophie Blondy d’interviewer certains des grands noms qui font partie de ses proches, et de partir à sa rencontre chez lui à Miami, où il livre un regard émouvant et apaisé sur une carrière hors du commun et aussi tumultueuse que sa vie personnelle.
Le Dernier des Mohicans

Beaucoup d’intervenants du documentaire le disent : Iggy Pop est immortel. Il faut dire que celui qui s’appelle James Osterberg au civil est revenu plusieurs fois de l’enfer et a survécu à tous les excès. Il le confesse d’ailleurs aisément face à la caméra de Sophie Blondy : sa carrière a ressemblé à des montagnes russes, et il a dû attendre longtemps pour accéder à son statut actuel, après des décennies passées à se donner sans compter sur scène, en faisant couler au passage des litres de sueur et parfois de sang.

Leader du mythique groupe protopunk The Stooges, Iggy Pop n’a pas seulement chanté sur trois des plus grands albums de l’histoire du rock – sortis entre 1969 et 1973 – il s’est aussi forgé une réputation de showman unique au monde, comme le rappellent les images d’archives présentes dans le documentaire. Mais alors qu’Iggy continue inlassablement d’enchaîner les concerts et de surprendre en s’essayant à des genres musicaux inattendus sur ses derniers albums, il fait aujourd’hui figure de dernier des Mohicans au royaume des légendes du rock, après la mort de Lou Reed en 2013 et surtout de David Bowie en 2016. C’est grâce à l’intervention de ce dernier qu’Iggy Pop avait ressuscité à la fin des années 1970, en enregistrant coup sur coup avec lui deux albums géniaux à Berlin.

Un casting de prestige

Celui que l’on surnomme « le parrain du punk » est devenu aujourd’hui une référence et une source d’inspiration pour plusieurs générations de musiciens, mais c’est à ses proches que la réalisatrice Sophie Blondy donne la parole. On croise ainsi dans son documentaire un certain Johnny Depp (fan d’Iggy devant l’éternel), le rock critic Nick Kent, le réalisateur John Waters, mais aussi Béatrice Dalle et Denis Lavant, avec qui Iggy Pop a tourné dans le film L'Étoile du jour (sorti par Sophie Blondy en 2012), et qui sont de grands fans de « l’Iguane ».

On peut en dire autant de Debbie Harry et Chris Stein, les fondateurs du légendaire groupe new-yorkais Blondie, également interviewés, et qui se remémorent leurs débuts en compagnie d’Iggy Pop dans la scène underground bouillonnante de la fin des années 1970 à New York, marquée par l’explosion du punk. Tous soulignent l’incroyable esprit de liberté qui caractérise Iggy depuis ses débuts il y a quasiment soixante ans, mais aussi des épisodes plus sombres de sa vie, comme son addiction à la drogue au milieu des années 1970.

Un artiste éternel

Aujourd’hui, Iggy Pop semble heureusement en avoir fini avec les excès. Il accueille d’ailleurs l’équipe du documentaire dans son cocon de Miami, où il vit et s’astreint à une hygiène de vie rigoureuse pour garder son corps en état de supporter ses prestations scéniques toujours survoltées. Mais on le sait, Iggy Pop est une façade qui cache un homme aujourd’hui très zen.

C’est donc un James Osterberg assagi et apaisé qui répond aux questions d’Antoine de Caunes, en regardant avec lucidité dans le rétroviseur de son immense carrière, où les hauts l’emportent aisément sur les bas. Mais Iggy se projette aussi vers l’avenir et évoque même son rapport à la mort, celle-là même qu’il s’emploie à tromper depuis des années. Et même si on préfère ne pas penser à l’idée vertigineuse d’un monde sans Iggy Pop, on sait comme lui que sa légende ne mourra jamais.

Tell me Iggy, un documentaire disponible avec CANAL+ dès le 16 mai.