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The Alpinist : hommage vertigineux à un grimpeur hors-normes

Posté par Alexis Lebrun le 6 janvier 2022
Appuyé par des images d’ascension à couper le souffle qui ont nécessité deux années de tournage, ce documentaire exceptionnel a été filmé au plus près des exploits de Marc-André Leclerc. Attention, vertiges à prévoir.
Un artiste de l’alpinisme

Marc-André Leclerc est un phénomène. Adepte de l’escalade en solo intégral, ce grimpeur canadien a dompté des pentes inhumaines pour le plaisir pendant des années, avec toujours le risque que la moindre erreur lui soit fatale, puisque le principe de cette pratique est de se faire sans aucune sécurité ni assurage. Le documentaire de Peter Mortimer et Nick Rosen permet de prendre conscience du jusqu’auboutisme de la philosophie de Leclerc, qui grimpe également parfois à vue, c’est-à-dire sans connaître au préalable la montagne à escalader, ni avoir prévu de voie de passage.

Mais le garçon peut se permettre d’improviser en permanence en fonction de ses sensations, car à l’évidence, il ne ressent pas la peur comme le commun des mortels. Les images hallucinantes de The Alpinist permettent d’ailleurs de le constater pendant 90 minutes : qu’il se retrouve face à la de pierre, de la glace, de la neige, ou tout ça en même temps (escalade mixte), Marc-André Leclerc est d’un calme olympien, préalable indispensable pour parvenir en un seul morceau au sommet de montagnes vertigineuses situées en Amérique du Nord et en Patagonie, sur lesquelles la plupart des grimpeurs ne s’aventurent pas en solo.

Une personnalité à part

Avec de telles dispositions, l’alpiniste canadien aurait pu avoir les chevilles qui enflent, mais The Alpinist permet au contraire de mettre en évidence sa simplicité et son humilité. Visiblement indifférent à la gloire et allergique à l’autopromotion sur les réseaux sociaux, Marc-André Leclerc avait pour habitude de pratiquer l’escalade sans téléphone, et il y a quelque chose d’assez déroutant à le voir dormir dans un sac de couchage rafistolé en pleine tempête de neige sur le versant de la montagne en Patagonie. Cette indépendance forcenée est d’ailleurs illustrée de façon assez cocasse par les réalisateurs du film, qui racontent comment ils ont perdu sa trace pendant un moment.

Du jour au lendemain, Leclerc a arrêté de décrocher son téléphone, et ils ont dû se lancer à sa recherche pour découvrir qu’il s’était lancé dans une ascension sur un coup de tête et sans les prévenir. Peter Mortimer et Nick Rosen ont manifestement bataillé pour le convaincre d’accepter d’être filmé pendant ses ascensions, une configuration peu compatible avec l’esprit de l’escalade en solo intégral selon Leclerc. Ce dernier partage dans le documentaire sa vision très personnelle et émancipatrice de cette discipline plus risquée que toutes les autres, faite d’une passion absolue pour l’aventure sauvage et d’une connexion spirituelle à la nature, bien plus que d’un attachement à la dimension sportive de l’alpinisme.

Une fin tragique

Malheureusement, ce documentaire a aussi pris une autre dimension en mars 2018, quand la mort de Marc-André Leclerc – victime d’une avalanche en Alaska – a été annoncée. Disparu à seulement 25 ans, l’alpiniste canadien aura eu une carrière d’étoile filante.

Monté très haut en très peu de temps, il lègue à la postérité une vision de l’alpinisme qui devrait inspirer des générations, mais tout le monde aurait préféré qu’il continue de vivre à fond son rêve sur le fil du rasoir, sans peur et pour ne pas avoir de regrets. Une philosophie de vie dont The Alpinist est le testament.

The Alpinist, un documentaire disponible sur CANAL+.

The Alpinist, un documentaire disponible sur CANAL+