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The Crash Reel, un documentaire poignant sur un jeune snowboarder

Les images sont difficiles à regarder. En 2009, Kevin Pearce, petit génie américain du snowboard et espoir pour les jeux Olympiques de Vancouver 2010, s’entraîne avec ses amis dans un half-pipe à Park City (Utah) aux très hauts murs de glace.

C’est alors qu’il fait une chute terrible. « La pire chose que j’ai jamais vue », comme le dit un de ses camarades. Le jeune homme tombe sur son visage, sans avoir le temps de se protéger avec ses bras.

Il reste quelque temps dans le coma. La planète snowboard, comme sa famille et ses amis, qui se relaient à son chevet, retient son souffle. Y compris son plus grand rival et ex-ami, Shaun White.

S’il se réveille un jour, les séquelles d’un tel accident, avec commotion cérébrale, risquent d’être graves et irréversibles. The Crash Reel raconte, étalée sur plusieurs années, l’histoire bouleversante de cette convalescence, cette difficile rééducation, cette résurrection, même.

Et celle d’une très lente acceptation. Kevin, extrêmement diminué, n’a qu’une envie : remonter sur un snowboard, alors qu’un nouveau choc à la tête lui coûterait sans doute la vie. Ses frères (David, atteint de trisomie 21, le premier) et ses parents, terrorisés, tentent de l’en dissuader, mais c’est plus fort que lui…

Kevin n’est d’ailleurs pas le seul : tous les athlètes gravement blessés qu’il rencontre veulent reprendre le plus vite possible, malgré les risques.

Pourtant, même s’il fait d’énormes progrès, Kevin se rend bien compte qu’il ne retrouvera jamais son niveau de snowboard d’avant l’accident. Qu’il n’est plus celui qu’il était, et qu’il doit accepter sa nouvelle vie.

Au-delà de cette délicate renaissance, le film pose aussi des questions sur l’appétence du public pour des sports (vélocross, moto, ski, motoneige…) pratiqués de manière toujours plus extrême, pourvoyeurs d'images impressionnantes pour la télévision.

Le half-pipe sur lequel Kevin s’est blessé fait 7 mètres de haut : « À cette hauteur-là, on peut faire une chute de 12 mètres. » Quelque temps après son accident, une de ses amies, skieuse professionnelle, s’y tuera.

Pourquoi le public a-t-il besoin de voir des sportifs sauter toujours plus haut, alors même que ces rampes, il y a encore quelques années, ne faisaient que deux ou trois mètres de haut ? Comme le dit un athlète de BMX, devenu tétraplégique, interrogé dans le documentaire : « Les gens veulent nous voir nous écraser. »

Le film offre un portrait sensible de l’attachant Kevin Pearce, et dresse en même temps un constat implacable sur le milieu des sports extrêmes et de ses sponsors, qui demande aux athlètes de prendre toujours plus de risques pour divertir le public et n’est même pas capable de les assurer. Un film bouleversant, qui donne à réfléchir.

The Crash Reel, Documentaire, 1h48, à voir en ce moment sur PLANÈTE+ A&E.