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LA TAUPE, le doc complètement fou qui a humilié la Corée du Nord

Posté par Marc Larcher le 20 septembre 2021
Plus fort que les infiltrés d’Hollywood

On en a connu des taupes et des belles : le couple de banlieusards bien sous tous rapports de la série THE AMERICANS (2013-2018) qui se révèlent être de redoutables officiers du KGB infiltrés aux Etats-Unis, celle après laquelle court Gary Oldman dans le film d’espionnage multi-récompensé LA TAUPE (2011), les nombreux héros des romans de John LeCarré à commencer par celui de « L’Espion qui venait du froid » qui déclencha l’hystérie dans les années 60 ou encore Leonardo Di Caprio et Matt Damon dans le bien-nommé LES INFILTRÉS (2006) de Martin Scorcese. Chacun dans son genre fut excellent mais celui dont le documentaire LA TAUPE (2020) retrace l’invraisemblable récit est encore d’un autre calibre. Tout d’abord, parce qu’il s’agit d’une infiltration au sein du pays le plus secret et le plus paranoïaque du monde, la Corée du Nord. Et ensuite, parce que la genèse du doc est tout aussi incroyable et complexe que son contenu.

Une usine de production d’armes et de drogue ? Pas de problème

Avant de réaliser LA TAUPE, Madds Brüger avait déjà réussi un petit exploit avec THE RED CHAPEL, un doc sur le montage d’une pièce de théâtre en Corée du Nord sans que le pouvoir local ne comprenne tout à fait s’il s’agissait d’un hommage à leur dictature ou d’une parodie. C’est ce film qui a poussé un certain Ulrich Larssen à contacter le réalisateur. Après l’avoir vu, cet ancien chef cuisinier danois avait décidé d’infiltrer l’Association d’Amitié Nord-Coréenne. Une fois bien accueilli par ses membres, il s’est assuré qu’il pouvait filmer leurs rencontres et a prévenu le réalisateur qu’il y avait là la matière à faire un nouveau documentaire à l’insu du pays. Madds Brüger a accepté et ce qui avait commencé comme une simple provocation est devenu une affaire d’Etat. Et pour cause, Ulrich Larssen est si convaincant dans son rôle d’amoureux du régime qu’il gravit les échelons au sein de l’association. Mieux, il commence à entrer en contact avec des politiciens européens très proches des dirigeants de la Corée du Nord. L’un d’entre-eux, un Espagnol, lui confie alors la mission de dénicher des investisseurs qui accepteraient de contourner les sanctions économiques internationales frappant le pays. Les deux complices inventent alors un « M. James » prêt à acheter des armes et de la drogue. Intéressé le régime nord coréen invite les deux hommes sur place afin de signer un contrat en ce sens ! L’affaire devient encore plus folle quand les parties se mettent d’accord pour acheter une île en Ouganda afin d’y produire dans le sous-sol d’un nouveau complexe hôtelier la drogue et les armes en question… Le film est d’autant plus hallucinant que l’infiltration en question dure pendant… dix ans. Sans doute pour accorder du crédit au spectacle que regarde le spectateur ébahi, on voit l’agent provocateur Ulrich Larssen être débriefé par une spécialiste du renseignement. Bien sûr, pour ne pas trop mettre en danger les protagonistes de l’affaire, le cinéaste et sa taupe vont se retrouver obligés de révéler la supercherie aux personnes concernées. On n’ose pas imaginer ce que, une fois le pot aux roses découvert, en ont pensé les maîtres du régime de Pyongyang.

LA TAUPE, un doc disponilbe sur CANAL+