Albanie-France : l'analyse

Posté par Pierre Ménès le 18 Novembre 2019

C’était donc hier soir, à Tirana, la centième présence de Didier Deschamps sur le banc de l’équipe de France. Ce qui s’applaudit et se respecte. Une centième qui s’est terminée par une victoire et une première place du groupe - contrat rempli. Une centième marquée également par un vrai bouleversement tactique puisque les Bleus ont joué en 3-4-3 (ou 3-4-1-2, comme vous voulez), ce qui ne leur était jamais arrivé sous l’ère DD, qui dure tout de même depuis plus de sept ans. 

Ce système a bien fonctionné, avec des joueurs de côté qui ont animé leur couloir, Dubois à droite - qui s’est signalé par une passe décisive, une bonne frappe et plusieurs centres intéressants - plus que Mendy à gauche, qui s’est montré encore un peu juste physiquement et plus approximatif dans son jeu. La première période de l’équipe de France a été très aboutie. Et le truc qui saute tout de suite aux yeux si on compare avec la première mi-temps face à la Moldavie, c’est la différence de rendement de Griezmann. 

Le joueur du Barça a livré 45 premières minutes exceptionnelles. C’est simple, il a tout fait. Des passes millimétrées et toujours dans le sens du jeu, des coups de pied arrêtés tirés dans les bonnes zones - comme ce coup-franc décisif pour la tête de Tolisso sur l’ouverture du score - et un but du plat du pied droit (!) à la réception d’un centre en retrait de Dubois. Quand, d’un match à l’autre, un joueur de cette envergure et qui a cette influence sur l’équipe passe de rien à tout, cela change énormément de choses.

Comment utiliser au mieux Mbappé ?

Maintenant, pas mal de questions vont se poser d’ici à l’Euro 2020. La première est de savoir de quelle poule les Bleus vont hériter. Pour l’instant, à moins d’un concours de circonstances peu probable lors des derniers matchs de qualif’, c’est le chapeau 2 qui tend les bras aux joueurs de Deschamps. Avec donc, la certitude d’avoir à affronter une tête de série au premier tour. Là-dessus, ils ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes. Ils n’ont pas survolé leur groupe comme ils auraient dû le faire et le seul point pris en deux matchs face aux Turcs pèse lourd.

Il faudra aussi se pencher sur les cas individuels qui posent question. Dans quel état de forme sera Giroud dans sept mois ? Quid d’Umtiti qui n’a plus joué avec les Bleus depuis le mois de juin et a perdu sa place de titulaire au Barça (au profit de Lenglet) ? Et puis, comment utiliser au mieux Mbappé ? Je pense que dans n’importe quelle autre sélection au monde, on ferait tout pour mettre un joueur de ce niveau dans les meilleures conditions et pas seulement l’insérer dans un collectif. Est-ce qu’on ne pourrait pas envisager de jouer avec deux pointes devant, Giroud et Mbappé, plus Griezmann en soutien ? Dans un 3-4-1-2 comme hier soir, ou dans un 4-4-2 plus classique ? 

Enfin, il y a toujours cette lancinante question du jeu. S’il y a eu du mieux en Albanie - surtout en première période -, cette équipe de France n’affiche que peu de certitudes et ne dégage toujours pas d’identité forte. Ses sept derniers buts ont été inscrits sur coups de pied arrêtés. C’est très bien d’avoir une telle arme dans son arsenal, mais est-ce que cela ne met pas aussi en évidence une certaine incapacité à marquer dans le jeu ? Vous me répondrez qu’on peut très bien gagner sans une identité marquée. Et vous aurez raison. D’ailleurs, les Bleus l’ont fait il y a un an et demi. Mais je reste persuadé qu’avec le matériel offensif dont on dispose, il y a moyen d’être beaucoup plus séduisant…

Pierrot