Maître parmi les maîtres

Posté par Pierre Ménès le 15 Novembre 2019

Je ne saurai jamais trop remercier les Bleus de nous avoir offert un spectacle aussi lamentable hier soir. Car cela m’a permis de suivre en double écran le triomphe de Federer face à Djokovic au Masters de Londres. J’imagine qu’avant le début de ce match, il n’y avait pas grand monde pour parier sur un succès du Suisse. D’abord parce que ça faisait un long moment que le Serbe avait pris l’ascendant sur lui et parce que tout le monde avait encore en mémoire cette finale épique de Wimbledon, lorsque Fed avait eu deux balles de match de suite sur son service, avant de s’incliner. 

Alors oui, « Rodgeur » a toujours cet air gentil, jamais un mot plus haut que l’autre sur le court. Je peux même admettre que certains le trouvent un peu fade comparé à Djoko et Nadal qui sont beaucoup plus démonstratifs sur le court. Mais on oublie que c’est un tueur. On oublie que c’est un monstre d’orgueil. Tu ne peux pas être 3e mondial à 38 ans passés sans l’être. Et c’est à l’orgueil qu’il a dominé un Novak sans doute un peu fatigué par sa longue saison.

Evidemment, quand Federer sert 83% de premières balles comme lors du premier set, il est injouable. Alors je sais bien que ses détracteurs le taxent d’être une « machine à aces ». D’accord. Mais dans ce cas, il faut m’expliquer pourquoi Isner, Karlovic, Raonic ou Opelka n’ont jamais gagné un grand chelem. Et puis si on regarde bien, on s’aperçoit que le Suisse sert rarement au-delà des 200 km/h. Mais il a une telle variété et une telle précision que son service est une arme absolue.

Le GOAT ? Une question de goût

Federer a livré un vrai récital au service, mais il a aussi été très bon en coup droit dans ce match qui était un vrai quart de finale, puisque les deux joueurs avaient perdu leur match face à Thiem et que le perdant était éliminé. Alors après, il y a la question récurrente de qui est le GOAT(1) entre les trois ? Je pense que c’est une question de goût. Tout le monde sait que pour moi, c’est « Rodge ». Parce que j’aime son tennis offensif, son jeu fluide et inspiré. 

Mais contrairement à ce qu’on pense, j’aime bien Nadal également. La puissance de son coup droit, sa combativité hors norme et son inextinguible soif de victoires - surtout après tant d’années au sommet. Je suis moins fan du jeu de Djokovic, qui est pour moi un mur amélioré et se contente trop souvent d’attendre la faute de l’adversaire en misant sur son incroyable régularité. Alors c’est formidable, hein, le Serbe possède un palmarès inouï. Mais je revendique le droit qu’il me fasse beaucoup moins rêver que les deux autres. 

Federer jouera donc sa 16e demi-finale de Masters en 17 participations. Un record de plus dans son armoire à trophées - qui n’est plus une armoire mais un dressing complet. On saura ce soir, après les derniers matchs de la poule Agassi, qui sera son adversaire en demi-finale. Ce qui ne changera rien pour moi. Comme cela fait à peu près six ans que je regarde tous ses matchs comme si c’était le dernier, je mesure à la fois la chance que mon idole ait une telle longévité et redoute avec une énorme anxiété le jour où il ne sera plus là. Lui et les deux autres, d’ailleurs. 

Pierrot

(1) « Greatest of all time », le plus grand de tous les temps.